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MICHEL DIAZ
Ce texte est extrait de Quelque part la lumière pleut , recueil en attente de publication.
je lui avais parlé d’un banal examen de santé, une visite médicale de routine, sans urgence mais nécessaire, et pas de l’acculer dans l’impasse des non-retours
elle a mis ses chaussures de ville, enfilé son manteau pour quitter sa maison, puis j’ai ouvert la porte, l’ai refermée derrière nous, et j’ai jeté la clé qui s’est noyée au fond d’une larme salée
l’inconnu commençait pour elle au tournant de la rue, c’était trop dangereux maintenant d’être ici, le trajet est interminable, « où va-t-on ? », au-devant du commencement infini où l’oubli sans limite fera table rase de tout, « sommes-nous bientôt arrivés ? », et rien à trouver d’autre pour la rassurer que ces mots de misère, aussi lourds dans la bouche que des blocs de pierre
c’est cela, cet espace de sables mous que découvrent parfois les sournoises marées de la vie : entrer nu dans le monde, le quitter aussi nu que l’on y est entré, l’esprit débarrassé de tous oripeaux inutiles, installé dans un temps où hier ni demain ne veulent plus rien dire, avant, après, si peu de choses, où le pied cède où il se pose, où meurent les contours des choses, et où ce qu’on appelle le présent est pour moi un futur que, jamais, elle ne connaîtra, exilée dans un éternel maintenant, errant parmi son champ de ruines, au milieu d’un silence tonitruant
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