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MICHEL DIAZ
Ce texte est extrait de Quelque part la lumière pleut , recueil en attente de publication.
je la regardais s’enfoncer plus loin, dans un ailleurs sans lieu ni nom, et disparaître de ce qui existe, se noyer au fond d’elle-même, et plus fébrilement, soudain, comme à l’affût on cherche du regard une porte restée entrouverte, la main crispée sur sa valise, non, non, non, je veux partir d’ici, refaite chaque jour, obsessionnellement, et sans jamais jeter les armes, s’essayant à dire des mots qui ne trouvaient plus leur issue, mais qu’elle jetait vers le noir depuis le palier de l’angoisse
je la regardais s’en aller, dans l’inconnu de ce rivage où brûlait un soleil de fortune, vers le bord d’une mer où l’attendait son frère mort, depuis longtemps déjà, et cet autre homme aussi, revenu de la guerre, qui avait été son mari, redoutant que se lève un malin vent de sable qui l’en séparerait encore, et pleurant à larmes secrètes, comme on pleure en pays d’enfance, au bord d’on ne sait quel chemin perdu, quand on ne sait plus rien, ni de son nom, ni de son âge, ni rien non plus du lieu où l’on habite, que ne subsiste plus que la conscience vacillante d’avoir, comme une faute, oublié d’oublier ce que l’on ne sait plus et qui, tombant au fond du puits de la mémoire, ne laisse que l’écho d’un appel de détresse
je la regardais s’en aller, entre solitude et néant, ignorant que bientôt je n’aurais même plus le droit de venir lui tenir la main, ni même de l’accompagner sur ce chemin où vont les ombres nues qui disparaissent dans une poussière de cendres
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