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RAPHAËL MONTICELLI
Pour Leonardo Rosa
Voici une histoire hésitante... Elle est née en 1993 dans l’atelier de Leonardo Rosa, à Castelvecchio, village historique dans le haut pays d’Albenga, en Ligurie. L’atelier était plein de bocaux de diverses cendres dont Rosa se servait comme pigment pour son travail.
III
« Il (silhouette encore confuse -démarche souple -traînante -tête penchée sur le côté)- il aurait noté » - « il aurait été intrigué par la présence de petits brasiers presque éteints (restes de nettoyage de printemps ? Promenade au bord de l’eau entre amis ? Barbecue des premiers beaux jours ?) Il se serait approché, aurait humé le feu mourant (débordement de souvenirs, le foyer à la ferme -le faible éclairage -crépitement d’incendies -lumières sous l’orage)- il aurait humé le feu mourant ; l’âcreté humide de la fumée aurait désincrusté ses souvenirs (...)- il en aurait senti les vagues de chaleur le long des jambes et les bouffées entre poitrine et menton ; il se serait approché du brasier et -le touchant presque- avec des gestes caressants (fraternels ? paternels ?) il l’aurait alimenté doucement en brindilles odorantes arrachées aux pins maritimes, et en pauvres pousses d’herbe, soufflant à peine pour aider à la combustion. Il aurait pu penser que c’était là les restes des derniers jours de sa vie ; dans l’humidité à peine crépitante des herbes fraîches, les fragments avaient bien du mal à se consumer (du bout d’une branche mince, il soulevait quelques herbes rougeoyantes, leur donnait un peu d’air) » - « Les fragments avaient du mal à se consumer : ailes d’oiseaux, crissements des criquets mêlés au clapotis des vagues du soir, mouvements fiancés de l’air, papiers pleins d’odeurs d’encres - Amis écartés au détour d’une flamme brunie » - « Antiques rites du feu sous les passages des mouettes - Il se serait dit que nos vies s’enfouissent aussi dans leurs propres déchets, que les traces de bois calcinés prennent souvent des pauses d’oiseaux blessés et que le ciel se charge ainsi souvent de cendres - Or nous levons souvent les yeux -se serait-il dit- et nous croyons le ciel bleu. Le silence des vagues venait mourir par à-coups entre les grésillements » - « Espérons » - se serait-il dit - « Espérons que nous serons (un jour) capables (un jour) de faire notre deuil du monde (un jour). »
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