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RAPHAËL MONTICELLI
Le livre, territoire et horizon
La revue Colophon, sise à Belluno, dans la région de Venise, m’a demandé un texte sur l’Archipel Butor. Nous sommes dans l’année du centenaire de Michel Butor : en attendant que la version italienne paraisse, en voici la version française.
Qui êtes vous, Monsieur Butor ?
Est-il utile de rappeler qui est Michel Butor ? On le présente de tant de façons ! Auteur prolifique, figure de proue du Nouveau Roman avec La Modification, ou encore « Victor Hugo du XXe siècle ». On s’étonne de l’audace de Mobile et de sa rupture avec le roman pour explorer des formes d’art sous toutes les latitudes. Grand voyageur, il a parcouru le monde, de l’Égypte à l’Australie, pour nourrir son cycle du Génie du Lieu. Mais Butor n’est pas un simple chroniqueur de voyage : « J’ai besoin de faire voyager mes voyages », disait-il. Il s’est ainsi constitué en un « système de patries » qui s’améliore et le constitue peu à peu, envoyant ses textes depuis chez lui vers le reste du monde. Ce nomadisme intellectuel se reflète dans son immense catalogue : près de 4 000 titres publiés par des centaines d’éditeurs ou réalisés manuellement avec certains de ses 500 amis artistes.
Peut-on évoquer Michel Butor sans frôler sans cesse l’exagération ?
Au lendemain de la mort de Butor, Renato Barilli écrivait dans artribune.com :
« Butor avait compris que (…) pour saisir une réalité envahissante, peut-être banale, mais multiple, débordant de toutes parts, il fallait mettre en place une écriture à large bande, voire répartie sur plusieurs bandes appelées à défiler en parallèle, pour défier l’idole naissante dans les années soixante, en pleine concomitance avec la culture pop, c’est-à-dire la poésie visuelle. »
(…)
« Au fond, Butor a accompagné le phénomène majeur (…) d’une « mort de l’art ». Il a eu le courage de s’aventurer dans une « mort de la littérature » encore plus audacieuse, si celle-ci prétend rester un rituel sur papier distinct des apports visuels. C’est pourquoi un essai comme Les mots dans la peinture revêt une importance capitale ; il fonctionne comme une pierre de Rosette permettant la conversion d’un système à l’autre, en surmontant les barrières. Dans ce domaine aussi, l’heure est venue de jeter des ponts, et non d’ériger des barrières. »
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