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RAPHAËL MONTICELLI
Le livre, territoire et horizon
La revue Colophon, sise à Belluno, dans la région de Venise, m’a demandé un texte sur l’Archipel Butor. Nous sommes dans l’année du centenaire de Michel Butor : en attendant que la version italienne paraisse, en voici la version française.
Michel, vous avez bien dit « Lucinges » ?
Imaginez d’abord les lieux : nous sommes dans une petite commune de moins de 2000 habitants, au flanc du massif des Voirons, sur les hauteurs du Genevois, à 30km de Genève. La commune fait partie de l’agglomération d’Annemasse, à la frontière franco-suisse. L’agglo compte moins de 100 000 habitants.
Lucinges : une commune rurale. Les Voirons. Les vues sur le bassin Genevois. Une forêt communale. Le Jura, le Mont Blanc.
À l’Écart : la maison de Michel et Marie-Jo Butor
Les Butor se sont installés ici en 1989. De la fenêtre de son bureau, Michel admirait le paysage, vous faisait remarquer la qualité de la lumière. Sortant de chez lui, il faisait de longues promenades avec son chien (Il y avait eu Jonas, il y avait eu Oban, Éclair et quelques autres) qui l’entraînait à la recherche de phrases et de paysages, disait-il.
Anciennement, la maison était une école tenue par des religieuses (Butor avait conservé la petite statue de la Vierge au dessus de la porte d’entrée). Il l’avait nommée « À l’écart ». À l’écart, sans doute, mais à quelques kilomètres de Genève, de l’université où il enseignait depuis 1975, et de l’aéroport.
Michel Butor n’est plus là. Il est mort en 2016. À la veille de son quatre-vingt dixième anniversaire.
Ce lien entre territoire et expérimentation n’est pas nouveau. Avant Lucinges, Butor habitait Nice, dans sa maison « Aux Antipodes ». Entre 1982 et 1985, il présida le conseil d’orientation de la Villa Arson, ce premier centre national d’art contemporain décentralisé conçu comme un lieu interdisciplinaire de recherche et de documentation. Aux côtés de l’artiste Henri Maccheroni, il y explora les « écritures dans la peinture », thématique chère à son cœur. Si la Villa Arson a poursuivi son chemin, c’est à Lucinges que le rêve de Butor — un lieu où le livre devient un territoire de rencontre totale — trouve sa concrétisation finale avec l’Archipel.
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