Accueil > Chants à Tu > LA LÉGENDE FLEURIE > Saint François et le loup de Gubbio
RAPHAËL MONTICELLI
Cette légende inédite dite « du loup de Gubbio » a connu plusieurs version. Tour d’abord celle qui a été publiée par La Diane française. Ensuite celle qui a été présentée à l’école saint François de Monaco. Enfin, celle-ci, présentée à la bibliothèque diocésaine de Nice.
« Faites le compte des vies que nous ont vraiment prises tous les loups qui vivent dans nos parages. Et mettez en regard toutes celles que notre espèce a détruites. Qui d’entre nous n’a pas perdu un proche, un ami, un frère une sœur, un enfant, un époux, une épouse, arrachés à la vie par la fureur des hommes. Qui, parmi vous, n’a jamais porté atteinte à personne ?
Depuis quand avez-vous oublié le message d’amour et de paix ? L’avez-vous seulement porté dans votre cœur ? L’avez-vous jamais écouté ? L’avez-vous seulement entendu ?
Bonnes gens, mes très chers habitants d’Agobbio… On dit que l’homme est un loup pour l’homme. Ah si c’était vrai ! Pensez-y : si nous nous comportions envers les femmes, les enfants, les hommes comme le font les loups envers nous, nous connaîtrions soudain une grande tranquillité. Et si nous nous comportions entre nous comme les loups le font entre eux, nous serions bien proches du paradis de Dieu.
Écoutez-moi, habitants d’Agobbio, nous avons commis bien des méfaits, nous avons poursuivi et tué des créatures de Dieu, sans nous en remettre à lui. Et nous ne nous limitons pas à tuer sans besoin des animaux, nous tuons des hommes et des femmes faits à l’image de Dieu ; en foi de quoi nous mériterions d’être traités comme voleurs et assassins, poursuivis par les cris : nous sommes les ennemis de cette terre, au point que cette terre nous devient désormais hostile.
Oh ! Comme j’aspire à instaurer la paix entre nous, entre vous et vous, entre nous et la terre et avec toutes créatures qui vivent sur la terre, y rampant, y courant, y volant, y nageant, qu’elles soient humaines ou animales. Cessons de les outrager, elles sauront pardonner nos outrages et la terre nous en sera reconnaissante. Soyons justes et aimants avec les créatures de Dieu et elles nous donneront la paix du créateur. »
La foule écoutait le petit pauvre et sans doute elle était émue de l’entendre. Mais le comprenait-elle ? Ou entendait-elle « loup » quand François disait « vous » et quand il disait « nous » ? (lupu / nusf / uus, selon les dialectes)
« Les loups, poursuivait François, pourront parfois, par extraordinaire, attaquer nos corps, mais craignons plutôt pour notre âme ! Et notre âme, aucun animal sauvage ne pourra jamais l’atteindre. Notre sauvagerie seule le peut. Rentrez donc chez vous. Rentrons chez nous et faisons pénitence pour nos péchés : Dieu nous libèrera des loups d’aujourd’hui et de l’enfer du futur. »
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