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RAPHAËL MONTICELLI
Ce texte figure dans l’ouvrage de bibliophilie éditée par la Diane française à l’occasion de l’exposition de travaux de Martin Miguel en décembre 2018
Le travail de Miguel, de 1968 à ces dernières années, disons avant l’apparition des empreintes de cordeau, semble se construire autour du duo support/ peinture, comme si la préoccupation du dessin était occultée. L’introduction du cordeau, et son utilisation à contresens de son usage par les professionnels du bâtiment, a produit le dessin, rectiligne d’abord, aléatoire ensuite, contraint enfin. Ces dernières affirmations appellent une nuance et un questionnement.
La nuance concerne l’absence du dessin avant l’utilisation du cordeau. Il est vrai que Miguel s’inscrit d’abord dans une tradition de la primauté de la couleur sur le dessin. On aura du mal à trouver dans sa production des exemples de couleur contrainte, enfermée dans un dessin préalable. Indéniable primauté de la couleur, donc. Statut cependant particulier puisque, comme je l’évoquais plus haut, la couleur n’est pas déposée sur un support, mais contribue à le constituer. Ce faisant, la couleur ne détermine pas seulement un masse : elle définit un format, les limites inattendues des supports de Miguel, et des relations de formes entre les couleurs utilisées : aussi aléatoires que ces relations puissent apparaître, et si volontaire que soit cet aléatoire, il fait apparaître des frontières entre les formes : le dessin de la diffusion des masses de peinture.
Cela dit, il y a une différence de nature entre ce type de dessin, produit mais non projeté, et le dessin né de l’utilisation du cordeau.
La forme en est d’abord rectiligne disais-je plus haut. Elle devient aléatoire quand elle résulte du jet ou de la chute du cordeau. Depuis quelque temps, elle prend appui sur les images préhistoriques... Voilà le lieu du questionnement.
Les exemples d’artistes s’inspirant plus ou moins directement des formes et des dessins de l’art paléolithique ne manquent pas dans l’art moderne et contemporain. De Mirò à Barcelo ou Hill, de Viallat à Alocco, on les compte par centaines. Chez Miguel ces formes n’apparaissent que ces dernières années de sorte qu’on pourrait y voir une double rupture dans son travail : l’irruption du dessin traité comme tel, première rupture, la présence de formes aisément reconnaissables, se référant au paléolithique, deuxième rupture.
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