Accueil > Les rossignols du crocheteur > MIGUEL Martin > ... et la mémoire rêve d’en rêver
RAPHAËL MONTICELLI
Ce texte figure dans l’ouvrage de bibliophilie éditée par la Diane française à l’occasion de l’exposition de travaux de Martin Miguel en décembre 2018
Deuxième rupture : le recours aux modèles paléolithiques
Quand j’ai demandé à Miguel : « et pourquoi te réfères-tu à des modèles paléolithiques ? », il m’a répondu : « parce que je ne voulais pas recourir à des formes identifiables comme miennes » . Nous avons alors repris notre dialogue sur notre méfiance à l’endroit de l’expression personnelle, de l’art comme déversoir des sentiments, des affects, de la psychologie ; notre volonté d’éviter les manifestations intempestives de l’ego. Je lui ai dit : « Mais tu pouvais choisir mille autres images puisées dans l’iconographie perçue comme artistique ou non... Comme le font les Pop, ou les Nouveaux Réalistes, et des quantités d’autres ; comme le fait notre ami Alocco qui a puisé ses images dans Lascaux comme dans toute la peinture, ou l’imagerie quotidienne... » Notre discussion nous a conduits à préciser que l’iconographie paléolithique avait une autre qualité : elle est perçue comme une origine. Miguel conclut « j’ai voulu donner une image qui ne soit pas de moi et qui se réfère à l’origine de l’art. » Il précise : « outre le fait que je ne veux pas utiliser des formes miennes, j’utilise les formes du paléolithiques. Premièrement parce que c’est la pratique du mur qui me renvoie à elles, deuxièmement parce qu’elles sont à l’origine du rapport support/dessin et de la primauté du support sur le dessin. » On ne sait pas si l’art paléolithique est réellement un « art de l’origine », mais depuis cinquante ans, nous nous posons la question de « l’origine de l’art ». Nous n’entendons pas cette expression « origine de l’art » la simple inscription dans une chronologie. Nous l’avons toujours entendu comme un ici et maintenant. Où et comment le fait artistique prend-il naissance ? À partir de quel moment peut-on dire d’un objet qu’il est une œuvre d’art ? « Le salon des réalités nouvelles à refusé les monochromes de Klein en 1955 au prétexte qu’une seule couleur ce n’est pas suffisant pour faire un tableau » dit Miguel. J’ajoute : « Voilà... c’est notre façon de poser la question de l’origine : où commence l’art ? Et non seulement quand commence l’art ? » Toute une partie de la démarche de Miguel repose sur cette question : « À partir de quel moment ce que nous produisons appartient à la peinture, à l’art, à la musique, à la poésie ? » Son recours à l’iconographie paléolithique s’inscrit dans ce questionnement. Rupture, encore, et continuité. Toujours.
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