Accueil > Les rossignols du crocheteur > CHARVOLEN, Max > 1978 - Un vingt trois deux vingt
RAPHAËL MONTICELLI
Ce texte est paru lors de l’exposition de Charvolen à la galerie Lechaux en 1978. Le titre fait référence aux dimensions de la pièce de tissu à partir de laquelle Charvolen travaillait à l’époque.
VA ET VIENT DU CORPS A LA TOILE ET DE LA TOILE AU CORPS
Froissages, découpes, coutures, inclusions apparaissent dans la peinture de ces cinquante dernières années comme l’irruption de la manipulation du support dans la pratique picturale, pratique récente, en tous cas comme pratique force : Matisse décou- pant colle ses découpes sur un format intact, Klee, dans quelques œuvres, semble bien avoir découpé et reporté la découpe, après tout Bonnard cadrait sa toile achevée en découpant pour ne conserver que ce qui l’intéressait.… A chaque fois la découpe de- venait processus de composition. Mais à un certain niveau du traitement, c’est la notion même de support que ces pratiques attaquent : la toile n’est plus forcément le support des formes qui sont sensées la recouvrir, la neutraliser, la faire oublier et cela aussi a plus de dix ou vingt ans ; zones écrues que Cézanne laisse, que Léger, semble-t-il, retrouve en grattant la peinture jusqu’à la trame... lacérations de Fontana... rapport à la toile creusé par les américains depuis une vingtaine d’années. La toile joue alors de plus en plus un rôle d’élément plastique. Le fait est que l’avant-garde française a, depuis quelques dix ans, radicalisé cette conception de la toile non comme support mais comme objet, en systématisant certaines modes de travail : toile libre, types de pigmentation, etc, à la conjonction de ce qui est vécu comme la nécessité d’une libération des formes et d’une attention accrue à la toile.
Une littérature relativement abondante s’est développée autour du thème de la matérialité de la toile sans jamais — semble-t-il — rechercher les raisons qui, depuis un demi siècle, poussent les peintres à changer son statut dans la peinture ; soit que l’on ait considéré que toute attention à une matière est — a priori — matérialiste (prise de conscience suffisante à tout expliquer), soit qu’on y ait vu la marque d’une recherche de la peinture ‘’pure’’.… En tous cas on ne peut ignorer le fait, et on ne peut pas ne pas se dire que reconsidérer le rapport à une réalité aussi chargée d’histoire et de culture que la toile du peintre suppose et implique que d’autres rapports à d’autres réalités ont dû, en quelque façon, être reconsidérés.
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Faut-il...
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