Accueil > Les rossignols du crocheteur > GÉNÉRALITÉS / COLLECTIFS > LE LIVRE D’ARTISTE > Discussion : Arthaud, Freixe, Maccheroni, Monticelli, sur le livre d’artiste
Conversation préparant une intervention pour la revue Colophon, Belluno, Italie
ENCORE DES QUESTIONS DE DÉFINITION
AF : J’entends "livre d’artiste"... “livre d’art”, “oeuvre croisée”, “manuscrit”. Ne pourrions nous définir ce qui est clairement définissable ? La bibliophilie, par exemple...
HM : En effet, la bibliophilie est parfaitement définie. Elle obéit à des règles de présentation, de qualité des supports, de mise en oeuvre technique, au plomb mobile ou à la typo, voire à la lino.
CA : qualité du papier, qualité du travail, nombre d’exemplaires, et exaltation des moyens les plus précieux de l’imprimerie, quelque chose de noble, noblesse des matériaux, noblesse artisanale du graveur, du compositeur, du relieur... Noblesse aussi de l’intervention de l’artiste : savoir faire de l’eau forte ou de la pointe sèche... tout un savoir faire relayé par l’artisan...
RM : Voilà qui est clair. Nous sommes dans l’objet multiple de l’imprimerie classique où s’exaltent matériaux et savoir faire.
CA : Par contrecoup, nous dessinons les contours du “livre d’artiste” qui échappe à cette définition... Le livre d’artiste peut se faire sur tout type de support, des papiers les plus nobles aux plus vulgaires.
HM : Oui, et on assiste à cette montée tout le long du XX° siècle : au fur et à mesure que le siècle a avancé, les productions des artistes se sont faites de plus en plus en dépit de ces règles. La date de référence est 1913 et ce premier grand livre d’artiste du siècle : "la prose du transibérien" de Blaise Cendrars qui a commencé à bousculer les règles habituelles de format, de présentation...
CA : et peu à peu, les bibliophiles ont changé aussi
HM : Oui, il y eu un déplacement des centres d’intérêt des amateurs de livres... Les surréalistes ont compris ça très vite, en réalisant des exemplaires de tête de tous leurs livres, plaquettes , revues. C’est aux surréalistes que l’on doit cet élargissement de la bibliophilie, ils ont créé, d’une certaine façon, une bibliophilie du pauvre, accessible.
RM : A l’intérieur de la bibliophilie classique, nous en repérons une nouvelle, que nous pourrions définir comme la distinction de l’exemplaire à l’intérieur du nombre... Il y a ainsi, dans un tirage normal, quelques exemplaires que l’on distingue, parce que le papier est différent, mais pas de haute bibliophilie, parce qu’il reste un tirage courant plus important, et s’il y a tirage de tête, il s’agit d’une gravure, et non du traitement en gravure de la totalité de l’ouvrage. Nous sommes dans une petite bibliophilie, celle du tirage de tête...
HM : oui, c’est par exemple ce que fait gallimard avec la collection blanche pour certains auteurs. Papier chine, papier Japon, papier courant.
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