Accueil > Les rossignols du crocheteur > GÉNÉRALITÉS / COLLECTIFS > LE LIVRE D’ARTISTE > Discussion : Arthaud, Freixe, Maccheroni, Monticelli, sur le livre d’artiste
Conversation préparant une intervention pour la revue Colophon, Belluno, Italie
DU LIVRE D’ARTISTE À L’ŒUVRE CROISÉE
RM : Si on en revient au balisage du terrain, ce dont nous parlons nous, c’est cette dernière conception : l’oeuvre qui naît de la relation de travail entre un écrivain et un peintre, graveur...et qui est dictée par l’intimité, le croisement, de leurs recherches, la volonté de croiser leur recherches et de donner à leurs recherches un lieu spécifique d’expression qui ne soit plus tout à fait le livre et qui ne soit plus tout à fait le tableau ou la toile. Le livre d’artiste, c’est là.
HM : Tel que tu le présentes, le livre, c’est un objet fabriqué dans des conditions particulières de rencontres avec la volonté de ne pas être le livre courant. Ça n’est pas ça : c’est que le livre courant ne permet pas toujours d’exprimer la rencontre... Par exemple, le travail que nous avons fait, avec Jean François Lyotard, ne pouvait pas être fait autrement qu’en sérigraphie...
RM : Je retiendrai quelque chose de ta dernière formulation, c’est : “ce que nous voulions dire avec Lyotard, ne pouvait pas trouver un autre mode....”, cette formule est peut-être l’inverse de ce que tu disais à propos de la bibliophilie : la bibliophilie, c’est l’exaltation d’un savoir faire, dans le cas qui nous occupe, il ne s’agit pas d’exalter un savoir faire, mais c’est de mettre le savoir faire au service d’un projet esthétique....
Je vous propose de définir un autre degré dans ce que Christian Arthaud nommait la “créativité” : c’est que “projet esthétique” et “savoir faire” se découvrent et s’inventent au fur et à mesure du développement et du croisement de démarches créatrices différentes : il n’y a pas, au départ, un projet esthétique qui cherche à s’exprimer, mais un projet de recherche, un projet qui se cherche et qui, en se cherchant, cherche à définir ce lieu inédit d’une inscription commune à quelqu’un qui écrit et à quelqu’un qui peint.
CA:Je suis d’accord avec toi. Et voilà encore quelque chose qui relève de la modernité ; cette adéquation des moyens par rapport aux buts. Dans rapport à un projet esthétique, littéraire ou artistique, on dispose de certains moyens, et c’est ces moyens eux-mêmes qui vont définir une esthétique alors que, dan un art pré-moderne, on n’est pas dans cette problématique...
RM:on a sans doute l’esthétique de ses moyens... D’une certaine façon, donc, depuis les surréalistes, nous assistons à la naissance d’une autre forme du rapport entre peintre et écrivain, qui définit une forme esthétique nouvelle -même si elle doit encore aux règles classiques- le livre d’artiste.
HM : Quand Aragon sort “Le Con d’Irène” ille fait à une centaine d’exemplaires, sur du papier de boucherie, les photos sont collées à même dessus.
CA : en tout cas, il n’y a plus la fétichisation de l’objet
HM : Exactement... C’est la position de Denis Roche qui rejette la bibliophilie pour cette raison.
CA:Le fétichisme du beau papier, de la référence, disparaît de décénnie en décénnie ; c’est très remarquable de voir que, en fait, ce qui occupe les esprits ensuite, ce n’est pas la qualité du papier, mais la qualité de la justesse du rapport entre ce qu’on lit, ce qu’on voit, et puis le discours, l’enveloppe. Parce que le livre d’artiste, c’est un objet un peu aventureux mais qu’on sait définir de l’extérieur, qu’on voit, qu’on peut toucher, dont on peut s’approprier .Avant même de l’ouvrir on sait à peu près ce qu’on va trouver, il y a toute une sorte de décryptage qui se fait, et qui fait qu’aujourd’hui on n’est plus dans la fétichisation, qu’on peut redouter, que redoute Denis Roche, dans la bibliophilie.
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