Accueil > Les rossignols du crocheteur > GÉNÉRALITÉS / COLLECTIFS > LE LIVRE D’ARTISTE > Discussion : Arthaud, Freixe, Maccheroni, Monticelli, sur le livre d’artiste
Conversation préparant une intervention pour la revue Colophon, Belluno, Italie
BIBLIOPHILIE, D’ACCORD ! MAIS LE LIVRE D’ARTISTE ?
RM : D’accord sur ce débat et ces propos, mais ce que je souhaite, ce n’est pas tant de parler simplement de bibliophilie, mais de ces livres particuliers qui naissent de la rencontre entre un artiste et un écrivain.
CA : Oui, c’est un peu, d’ailleurs, ce qui distingue, en gros, les démarches de la bibliophilie classique de ce qui m’intéresse dans une sorte de modernité : dans la haute bibliophilie, le travail de l’artiste a pour objectif d’illustrer une oeuvre du patrimoine littéraire, et ce traitement plastique d’oeuvres du patrimoine littéraire a des aspects que je dirais volontiers passéistes... C’est à dire que la relation de l’artiste par rapport au texte...
RM : est purement illustrative
CA : Exactement. D’une manière générale, illustrative, redondante, pas créative du tout, n’est-ce pas...
HM : C’est une pratique directement héritées des grandes associations bibliophiliques du XIX° siècle et qui va perdurer jusqu’au milieu de notre siècle...
AF : Dans ce cas là, l’artiste n’intervient donc que comme illustrateur... Même si ça donne des choses splendides, voyez Doré illustrant Cervantès...
HM : Avec le XX° siècle, se développe une bibliophilie qui a des exigences esthétiques analogues mais, au lieu de partir d’auteurs du patrimoine, elle s’exerce sur des auteurs contemporains... C’est le rôle joué par Michel Leiris, par exemple, quand il met en relation Max Jacob et André Masson... Une nouvelle bibliophilie se crée, qui se soumet aux mêmes règles que la bibliophilie classique, mais avec une relation tout à fait différente entre l’artiste et l’écrivain
RM : et donc une relation nouvelle entre oeuvre littéraire et oeuvre plastique.
HM : ça va produire de grands livres
RM : c’est le cas d’Apollinaire et Braque
CA : ou l’exemple sublime de la “prose du transibérien”
AF : en 1913
HM : C’est le livre de référence... Il y a là déjà un détournement, une première bascule... Une sorte de rupture à l’intérieur de la haute bibliophilie, très mal vue par les grands bibliophiles classiques... Peu à peu les cercles bibliophiles vont disparaître. Il n’en reste que quelques unités en France à l’heure actuelle. Qui commandent très peu de livres et qui peu à peu s’éteignent. Cette bibliophilie est peu à peu remplacée ...
CA : il est vrai, tout de même ; qu’au début du siècle, artistes et écrivains ont eu la chance d’être dans l’’environnement de grands marchands et de grands éditeurs, collectionneurs, comme Kenwaeller, Skira, Teriade, Maeght, Zervos... Avec ces noms là on couvre l’essentiel du livre illustré, d’artiste, d’art.... ça reste à préciser... jusqu’en 1950-60.
RM : En même temps on reste, d’une certaine manière, sinon dans l’exaltation des moyens dont nous parlions tout à l’heure, au moins dans l’attention aux moyens... Un goût de l’objet...
AC : oui, l’objectif est bien de faire une oeuvre d’art
RM : un livre d’artiste veut être une oeuvre d’art
AC : et qui soit le résultat du cheminement des deux protagonistes. Alors que dans la bibliophilie classique, on n’est pas forcément dans cheminement créatif de l’art.
RM : la grande nouveauté de ce que l’on appelle le livre d’artiste, c’est ce jeu d’insémination réciproque des démarches plastiques et littéraires.
AF:je voulais qu’on en arrive là tout de même dans la distinction entre livre d’art et livre d’artiste.
HM:Et çe croisement-là, c’est le grand apport des surréalistes. Mais en même temps, les surréalistes ont des amis qui ont de l’argent : les Noailles et autres...
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