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ALAIN FREIXE
Ce texte est paru en 2020 aux éditions de la Diane française. Il est enrichi d’œuvres originales de Fernanda Fedi sur le thème de la musique.
1-
La musique, via la notion d’harmonie, renvoie d’abord à l’art de tendre les cordes. Et les cordes font signes vers l’origine grecque de la musique lorsqu’Orphée – musicien et poète – rajoute deux cordes à la lyre qu’Hermès avait offert à Apollon qui en comptait sept, alors la musique devient le premier de tous les arts parce qu’en son instrument se trouvaient honorées les neuf muses.
2-
Y aurait-il alors musique et musique ? Celle du monde : sa noise, son fracas, ses tempêtes comme ces effleurements, cette douceur juste au-dessus du seuil audible, ce pianissimo du vent dans les feuilles des peupliers qu’aima Pasolini. Et l’autre, celle, humaine, relevant de l’art, de son histoire, qui se répand dans les terrains vagues, les salles de concert, les nefs des églises ou monte du fond des ordinateurs ou des smartphones.
3-
Si la musique est art, rythme et composition, humaine et toute de culture, la musique s’impose à la nature. Il faudra attendre quelques siècles après le célèbre passage du chant XII de l’Odyssée d’Homère où l’on voit Ulysse attaché à son mât braver le chant des sirènes, pour voir Apollonios de Rhodes nous conter l’histoire des Argonautes qui allaient chercher la toison d’or. Sur Argo, Orphée était le chef de nage de Jason. Ses chants faisaient cadence aux rameurs. Parvenus près du détroit de Messine, à quelques encablures du rocher où se tenaient les sirènes, Orphée se mit à jouer et à chanter si fort et si bien qu’il couvrit la « voix-miel » des sirènes.
4-
Orphée affronte les bruits du monde. Le musicien s’impose aux vacarmes : hommes, bêtes et jusqu’à Cerbère lorsqu’il voulut descendre aux Enfers cherché son Eurydice perdue. Mais le musicien ne triomphe pas toujours. Tenir tête à la mort fut possible, donner la vie échoua. Passer de la présence aux représentations en la perdant bien sûr est possible mais prendre la verticale et monter des représentations vers la présence, donner vie se révèle impossible.
N’est-ce pas cet impossible-là que la musique comme toute création authentique cherche à atteindre sans y parvenir jamais mais qui pourtant lui sert de fanal allumé dans les pénombres qu’ils endurent ?
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