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ALAIN FREIXE
Ce texte est paru en 2020 aux éditions de la Diane française. Il est enrichi d’œuvres originales de Fernanda Fedi sur le thème de la musique.
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Le plaisir musical naît de l’alternance, du mélange des sons et des silences comme autant de pleins et de vides. Alternance des temps forts et des temps faibles, affaire de rythme.
« Tout y doit être juxtaposé et uni mais séparé par des intervalles » (Joseph Joubert).
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Toute œuvre demande le rythme. C’est lui qui tient la forme et lui donne visage. C’est parfois moins le chant qui nous emporte que le silence qui l’enveloppe comme dans ses parterres de fleurs où les vides laissés entre les massifs font de l’espace floral une composition.
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La musique m’apprend que c’est moins sur les notes, les phrases musicales qu’il faut porter son attention que sur le mouvement qui les porte, sur le ton toujours singulier de l’œuvre.
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Ce ton est celui d’un rythme, soit la rigueur d’un phrasé qui fait exister et valoir les contours, les accents, les inflexions, les nuances d’une pièce musicale. Alors on a l’impression que la musique se joue toute seule. Alors le courant passe. L’inouï est pris en charge.</p>
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Même si l’on se plaît à dire que le silence qui suit la musique est encore de la musique, les œuvres musicales dans leur aspect fini, dans leurs limites dont jouera l’interprète, laissent échapper l’infini qui les traverse, l’illimité qui les travaille.</p>
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Avec les œuvres, tout se passe comme si à chaque clôture manquait toujours les derniers pieux, alors on entend dans le même moment ce quelque chose d’insaisissable qui s’échappe de ce que l’on a pu saisir, qui va s’amuïr dans le silence qui va suivre. C’est ce silence qui va rester là en nous à résonner, marque où se réconcilie dans notre âme renouée, la limite et l’illimité, la force et la forme, l’obscur et la clarté plus ou moins imprimée entre caresse et blessure.</p>
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On s’assied parfois dans le crépuscule – matin ou soir, il n’importe – on attend la musique. On attend qu’elle nous arrache à nous-même. Ce moment où l’on se laisse surprendre par ce qui passe. Ce moment où ce qui passe est ce qui manque, c’est le moment de la musique.
C’est le moment où elle se défait de sa matière sonore comme ces anges que l’on voit s’envoler, ces akènes à aigrettes dont se défont les pissenlits quand s’installe ventôse. Alors un pays s’ouvre, une âme a renoué sa mélodie. Une main de bonté a trouvé une main dans la nuit. Elle a ouvert la porte du temps, a invité à le porter comme signe de notre liberté.
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