Accueil > Au rendez-vous des amis... > Machet Béatrice > Lettre ouverte au monsieur anyone de e.e.cummings
Anywheretown, le 21 juin 2022, jour officiel de l’été…
Alors la sensation de basculer dans une autre temporalité. De quitter le side by side dans lequel vous et moi nous trouvions jadis coincés. À cause du conformisme de nos prochains. C’est l’intensité même, vécue au présent et sans vous, qui rompt la continuité. Plus qu’une dérive heureuse : une forme de renaissance.
Et maintenant je vous « remets » plus clairement. D’un oui grâce au si, voilà que vous réapparaissez. De vous à moi, ces mots pour vous et pour moi, qui ne sont pas pour tout le monde.
Tout le monde n’est pas n’importe qui et pourtant par un tour de force, en dormant vos rêves, tout le monde s’identifie à votre courage de rester ce que vous êtes réellement : n’importe qui. Je serais tentée de louer votre modestie, votre acte de renoncement si je n’avais pas eu à subir les conséquences de cette amputation … jusqu’à quel point cela m’arrangeait à l’époque est une autre question à laquelle, pour définitivement tourner la page, je vais devoir répondre, bien évidemment.
Pour l’heure ma préoccupation serait, en plus de la partager avec vous au fil de cette lettre, de tirer une leçon à cette histoire monotone et pleine de routines que nous avons un jour mise en commun. Je cherche à en tirer une substantifique moelle. À en faire mon miel. Afin de savoir me dire que les choses, pour inintéressantes qu’elles soient, je décide de m’y intéresser. En conscience. Dans le flux de ce que j’ose appeler pensée, pétrie de mes sentiments (je vous ai aimé), de mon imagination (ordinaire) et qui a façonné ma non-identité d’antan. En somme restée comme une inconnue. Sans prise de risque ni transgression. Mais excès de signification dans les petits détails, que la répression collective ne comprend pas, n’admet pas. Après la fadeur naguère endurée sans broncher, malgré moi mais sans révolte, après la même course aux mêmes objectifs (standardisés, téléguidés) que mes contemporains, me voici une envie de totalité des mondes, reconnue comme un épanouissement de vivacité. Une capacité de solubilité dans l’air qui signe ma véritable appartenance, quand auparavant je restais plaquée au sol, soumise à la grégarité comme à la gravité, mais séparée. Oui, seule, même si je nous reconnais une histoire harmonieuse vécue sur une même longueur d’onde. En effet je l’avoue, nous étions synchrones et formions un couple, à n’en point douter, d’où ce reste de tendresse que je vous ai gardée : sans calcul, sans effort, elle accompagne le chemin que j’ouvre en vous écrivant, sans rien revendiquer. Il n’y a chez moi d’autre intention que de vous manifester, de vous faire le témoin de mon évolution et de mes réflexions, puisque, cher anyone, vous fûtes un jour mon all, mon anything, mon everything.
De dong en ding, je fus coupable de courte-vue, de myopie, d’amblyopie, un legs sociétal que mon réveil permettra de guérir… rien n’avait encore existé dans ce trop connu remâché jusqu’à l’absurde façon les temps modernes de Chaplin.
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