Accueil > Au rendez-vous des amis... > Machet Béatrice > Lettre ouverte au monsieur anyone de e.e.cummings
Anywheretown, le 21 juin 2022, jour officiel de l’été…
Conformisme ai-je écrit plus haut. Sans jugement de valeur, une simple conclusion tirée de faits et gestes. Une étiquette derrière laquelle est collé un ensemble d’observations que j’oserai qualifier d’objectives, autant que puisse l’être les observations d’un quasi non-sujet. Pour ma part, et vous en conviendrez peut-être avec moi, (mais je ne peux l’espérer à ce stade d’une reprise de contact), il n’y pas de bonne ou de mauvaise route à suivre. Les dos d’âne, les défauts et les bizarreries sont : et les signes et les témoins de la vie. Ses significations, ses sens jamais saisis dans leur totalité, mais avec l’esprit d’inclusion. Pas d’ectocide. Pas d’hétérocide. Viser le tour des alter. En effectuer plusieurs afin de bien mesurer la diversité et la comprendre nécessaire.
Vous et moi, n’importe qui et personne. Désormais placés en périphérie. On y voit mieux, tellement mieux. Le centre est une projection depuis une circonférence. Pour e.e.cummings, et peut-être je vous l’apprends ici, le centre c’est l’amour. Vous ai-je jamais servi de centre, d’axe, de pilier cher anyone ? Du moins le temps de notre romance, de notre cohabitation ?…
L’amour est ce contexte, cette occurrence grâce à laquelle on se perçoit centré. Depuis la marge. Valeur topologique qui rejoint l’aspiration du rêve, un souffle venu du cœur.
N’importe qui. L’ordinaire. Une banalité en somme. Comme un mal. Inscrit, couvé dans le logos. Quand éclosion, la réification triomphe. Quand inévitablement arrivée au stade cancer : l’indifférence. Un cycle boule de neige que la hausse des températures ne fait pas fondre, qui néanmoins déclenche des avalanches. De non-sens.
Mais earth in April. Nos corps ensevelis côte à côte ont nourri la terre de la même façon et quelque chose reste de notre connexion conjugale qui, je l’espère, retourne aux végétaux, puis participe à la chaîne alimentaire en tant qu’amour, comme une épice traditionnelle, discrète mais tenace.
Sun, moon, stars, rain… chacun leur tour part de la vie des humains mais pour qui les humains ne comptent pas, leur existence leur sont sans conséquence. Spring, Summer, Autumn, Winter … aucun égard, aucun regard de la « nature » sur les humains qui se succèdent et qu’ils « dominent » puisque ceux-ci dépendent de ses cycles. Vous, moi, avons-nous un jour prié la lune, le soleil, la pluie, les étoiles ?
Nous sommes-nous, (et comment), réjoui des saisons ? Leurs avons-nous demandé quelques clémences ? Et nous sommes-nous vus vieillir ? Vous imaginer avec des cheveux blancs, avec des rides, voilà qui bouscule un peu ma représentation de vous en tant qu’anyone. Et quelle noone faisais-je depuis mes premiers babils jusqu’à mon dernier souffle ? Quel style pouvoir adopter, ou plutôt : quelle extrémité de non-style nous sommes-nous permis sans jamais aborder la question, simplement par le fait de faire, refaire et continuer de jour en jour les gestes attendus. Avions-nous l’illusion de vivre un conte de fée ? Vivions-nous ce régime de servitude consciencieusement ainsi qu’on dit d’employés qu’ils sont consciencieux ? Ou bien avec acharnement rageur ? Avions-nous la fierté de nous croire du côté des vainqueurs ? N’avions-nous jamais songé, jamais entrevu de chemins de traverse ?
N’avions-nous jamais fait l’école buissonnière ? Notre complicité se satisfaisait-elle de faux semblants ? Ou bien atteignions-nous une authentique intimité ? Pardon de vous asséner mes obsessions. Ces interrogations me taraudent, or à qui les exprimer sinon à vous, mon anonyme nommé, mon transparent …
D’un chaos à un autre, dans ce court laps de temps appelé vie, quel sens y trouvions-nous ? Pensions-nous l’avoir découvert ainsi qu’un scientifique découvre une loi de physique ? Étions-nous imperméables au miracle du monde ? De quels enchantements avons-nous été seulement capables ? Hélas, je devine ici une écharde restée sous ma peau : nous avons raté beaucoup, sinon toutes les occasions de nous émerveiller… Vous étiez mon tout, mon astre, et au-delà l’univers existait si peu …
Et d’ailleurs, le monde existe-t-il ? (Je veux dire en soi). Car il n’est pas en vous, pas en moi, pas en n’importe qui ou personne, pas en quiconque, non. Alors il nous faut remercier e.e.cummings de l’avoir fait exister pour nous, par le biais de son propre rapport au monde, sachant bien néanmoins que ce monde n’en a cure, it cares not at all. L’humanité n’est qu’à peine détectée par ses radars. Est-ce de trop regarder l’horizon ?
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