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Première lettre
Le temps est venu
Très chère,
le temps maintenant est venu pour moi
de vous écrire. Avec la maturité,
je me sens plus libre. Et je m’adresse à vous
avec davantage de quiétude.
Ma légitimité s’est affirmée, elle aussi.
Les enjeux ne sont plus les mêmes
qu’auparavant. Je ne joue plus
au jeu dangereux de la séduction.
L’état de mon esprit est parvenu
à la plénitude de son développement.
Mon rapport au réel passe
désormais par la fiction.
« Le vrai est un moment du faux ».
Je vous écris sans nuages gris,
sans offense faite au monde.
Je vous écris par amour de l’humanité.
Souvent j’ai été contrarié, voire blessé.
J’ai douté de mon physique.
J’ai déploré ma petite taille. J’ai regretté
mes formes depuis longtemps arrondies.
J’ai perdu tant de batailles. L’amour
demeure une énigme. Et, pour aimer,
il faut se faire violence, se dépasser.
Il faut savoir aller vers l’autre
d’un pas léger mais assuré.
Bien sûr, j’ai connu des périodes
de grand succès. Des heures
plutôt toniques. J’ai été jeune,
vous le savez. J’ai été jeune, beau et mince.
La taille, elle, est restée la même.
Je n’ai pas bougé de ce côté-là.
Mais je ne vous écris pas, ma chère,
pour vous parler de moi avant,
de ce passé tellement excitant. Stimulant.
J’ai tourné la page. Et si je vous écris,
aujourd’hui, c’est pour vous parler d’amour.
Je sais, le sujet a déjà été maintes fois
abordé. On le dit même épuisé.
Et pourtant je ne peux m’empêcher
de m’adresser à vous, de vous dire
tout l’amour que j’éprouve pour vous.
Chère, permettez-moi de vous nommer,
et de montrer au monde votre visage.
Permettez-moi de vous embrasser,
longuement, fiévreusement.
Puis de vous étreindre encore et encore…
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