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Quatrième lettre
La ligne de feu
Chère,
je ne vous perds pas
de vue, je ne vous saisis
pas au dépourvu, mais…
En moi il y a un fantôme
qui s’ignore ou qui se cherche,
un cheval sans monture,
un regard tourné vers le futur.
En moi il y a quelques arbres,
une rivière, une source,
un pays oublié. En moi,
il y a un peu d’ombre et de lumière.
Il y a l’été. Ses soleils et ses déserts.
Il y a surtout une ligne de feu.
Où étais-je avant d’être au monde ?
Cette question, tant d’autres
avant moi ont osé la poser.
Je ne les laisserai pas
répondre à ma place.
Avant d’être au monde,
j’étais déjà là.
Dans la peau d’un autre.
Du grand-père maternel.
De l’ancêtre, de l’étranger.
J’étais là,
à différentes époques,
en différents lieux.
J’étais là. Déjà là.
Je ne savais pas encore tout.
Je ne manquais de (presque) rien.
Avant d’être au monde, j’avais
(déjà) les yeux grands ouverts,
et mon cœur battait fort.
Avant d’être au monde,
j’ai attendu longuement,
patiemment,
le jour de ma naissance.
Vous voyez, je suis parvenu,
tant bien que mal,
à brosser mon portrait.
Vous me découvrez maintenant
dans ma nudité la moins trompeuse.
Vous me reconnaissez.
Et vous savez qui je suis.
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