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Troisième lettre
À bas bruit
Mon amour, je vous écris
les yeux encore pleins de larmes,
la mine ravagée des mauvais jours.
Peu à peu la nuit est descendue sur nous.
La mort a chassé sur nos terres.
Je vous écris pourtant
le cœur gonflé à bloc
et l’âme vagabonde. Mon amour,
j’ai glissé, je suis tombé.
Mais je reviens vers vous, debout
et libre. J’ai le temps devant moi.
Si vous saviez comme il m’est difficile
de franchir plusieurs murailles
à la fois. J’ai toujours pensé
que vivre était un exercice de style.
Une vague de rêves mis bout à bout.
Maintenant j’arrive en Italie.
Traversée du Piémont. Parmi les hautes
montagnes fières. Avigliana. Rivoli.
Torino. Puis les collines des Langhe.
La mer, la Ligurie. Cesare Pavese
se tient debout devant la porte étroite.
Son fantôme, dans mon cœur,
a pris la place de la marionnette
de Pinocchio. Le souvenir n’est ni
l’attente ni l’espoir ni la promesse.
Je cherche une île, ma très chère,
un morceau de terre laissé
à l’abandon. Je cherche une île,
un lieu où nous n’aurions plus
à risquer nos vies ou à nous justifier.
Je cherche le lieu du vide et du silence.
Un havre de quiétude où nous n’aurions
plus, même, à donner des nouvelles
de notre amour. Vous voyez,
nous n’avons pas tout perdu.
Il nous reste votre visage et nos mains.
Il nous reste les caresses du temps
sur la peau des mots de nos songes.
Je cherche une île égarée
au milieu de la mer, où nous pourrions,
tous les deux, apprendre encore
à mieux nous connaître.
Une île, enfin, où vous et moi
nous n’aurions plus aucun
compte à régler ou à rendre.
Je cherche une île, mon cœur.
Mais la trouvera-t-on ?
De retour à Imperia
où l’on m’attend depuis longtemps.
À bas bruit, à présent, lentement
j’avance vers la mer. Elle m’attend,
elle aussi, comme elle entend
les gestes du vent et de la pluie.
Comme elle prend, parfois,
un déjeuner de soleil,
au bord du temps
qui nous est compté. La mer ?
J’ai des confidences à lui faire.
Tant de choses à lui raconter.
Quand j’entre dans l’eau,
c’est vous, ma chère, que je pénètre.
Aimer. Nager. Les deux mouvements
sont purs et remplis de douceur.
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