Accueil > Au rendez-vous des amis... > Freixe, Alain > Quand manque la grande image
« Si l’homme a besoin de mensonge, après tout libre à lui ! Mais enfin : je n’oublierai jamais ce qui se lie de violent et de merveilleux à la volonté d’ouvrir les yeux, de voir en face ce qui arrive, ce qui est. »
Georges Bataille
5-
Si changent les techniques, le projet demeure : traquer ce que toute représentation traîne avec elle / en elle / autour d’elle d’illusoire. Simplement, si le crayon dématérialisait le tableau, lui ôtant matière et couleur ; la gravure sur bois qu’enlève-t-elle au dessin ? Toujours plus de matière ? Si avec le crayon et les dessins nous étions dans un « après la peinture », avec la gravure, à quels rivages sommes-nous promis ? Vers quel silence s’en va Alain Lestié, quelle nuit ?
6-
Les temps sont au crépuscule. Le monde va finir affirmait Charles Baudelaire en une de ses Fusées. Ce n’était pas la fin du monde qu’il annonçait mais l’entrée dans le monde de la fin . Et d’une fin sans fin ! Le monde s’enfle d’un surcroît toujours plus grand des apparences.
Avons-nous encore des images ? Question incongrue, ne sommes-nous pas entrés dans une civilisation de l’image ? Mais voilà, plus il y a d’images, plus le monde se ferme.
C’est ce monde que creuse l’œuvre d’Alain Lestié faisant de l’image le lieu privilégié d’une réflexion sur les pouvoirs de son illusion.
7-
J’entends comme un grand « non » dans l’œuvre d’Alain Lestié. Il est là d’origine et porte sur le visible. Ce que je vois, ça n’est jamais ça ! Ce que je vois relève du regard et non de la vue. Humain, il jette un voile sur les choses du monde pour les faire apparaître. Devant.
Ce « non » creuse son œuvre. Il me semble en être la justification dernière.
Quand on a compris une fois que la réalité – ce qu’on nous donne comme tel – relève de la fiction alors on peut aller jusqu’à penser que faire une image pour Alain Lestié c’est faire la fiction de cette fiction, soit une destruction de cette fiction. Alain Lestié « fait le négatif » selon les mots de Franz Kafka.
S’évader du jour avec les armes du jour en les retournant contre lui, contre son écrasante et infernale lumière. Parier pour la nuit et ses lucioles, lumières mineures qui tournent dans ses œuvres. A ce travail là s’est voué Alain Lestié.
8-
A première vue, c’est bien devant des images qu’on se trouve en présence des œuvres d’Alain Lestié. On sait bien que depuis le début, c’est là la belle querelle d’Alain Lestié. Toujours quelque chose est là, se présente visuellement. On peut même y reconnaître bien des éléments, des choses de notre monde : grillages, triangles, ferrures, branches brisées, ampoules suspendues, déchirures, failles…
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.