Accueil > Au rendez-vous des amis... > Freixe, Alain > Quand manque la grande image
« Si l’homme a besoin de mensonge, après tout libre à lui ! Mais enfin : je n’oublierai jamais ce qui se lie de violent et de merveilleux à la volonté d’ouvrir les yeux, de voir en face ce qui arrive, ce qui est. »
Georges Bataille
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Alain Lestié a beau encadrer ses dispositifs visuels, la manière dont ils jouent les uns avec les autres, dont ils se bouleversent, témoigne du travail d’une force qui vient d’ailleurs, d’avant le cadre et que le cadre ne parviendra pas à limiter. Cette force prend ses formes dans le cadre mais elle le traverse. Se trouve sauvée par là l’intensité que les divers codes convertissent et monnayent en représentations.
Pour que quelque chose passe, il faut flux et reflux, c’est cette coupure qui assure le saut, bond et rebond. Un rythme…
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Sans discuter l’appréciation de Jean-Marie Pontévia qui voit la peinture d’Alain Lestié comme relevant d’une « peinture française », j’oserais dire qu’en présence de son travail, je me sens plutôt espagnol. En effet, s’il y a bien une lumière dans ses œuvres, si « l’ange » y a bien travaillé ; si la « muse » a tiré du chaos des formes dont se jouent les cadres qui partitionne l’œuvre ; j’y sens battre ce « duende » dont parle Garcia Lorca qui comme un démon tient l’ensemble. Ça ne devrait pas tenir, et ça tient. Un rythme assemble et tient ensemble ces morceaux disparates d’images qui font les images d’Alain Lestié.
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Surtout ne pas confondre le rythme avec la cadence, cette idée de mesure qui renvoie au tic-tac spatialisé des horloges. Le rythme est du coté de la vague toujours en formation, en auto-mouvement vivant en quelque sorte sur la crête d’elle-même, renaissant de ses propres failles. Les œuvres d’Alain lestié respirent – tendez l’oreille ! – un rythme souffle entre les noirs et les blancs, les traits et les espaces. Dessins et gravures prennent vie. Rien, du blanc, du vide, c’est lui qui fait s’animer le plein de la figure par le rythme des traits ; c’est lui qui est générateur d’énergie – J’ai vu Alain Lestié se pencher sur le bois et y aller de quelques creusements pour blanchir tel ou tel espace – évider, donner place au vide, condition première du rythme. Le vide est dans le suspens du respirer. Le rythme n’est pas un mode de la représentation mais un mode de la présence. Comme tel il échappe au langage. Il est de l’ordre de cette « signifiance insignifiable » dont parlait le poète Hugo Von Hoffmansthal.
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Après l’été des pointes et des gouges, dans l’hiver de l’encre émergent des poussées. Ecarts et charnières. Traînées ébréchées de lumière. Des noirs ? Non ! Des champs de neige, la nuit. Et la caresse violente des étoiles. Le ressac de leurs lumières. C’est cela que l’on peut entendre dans ces huit gravures d’Alain Lestié.
Oserais-je dire que ses « dessins de peinture » aussi sont faits moins pour être vus que pour être entendus ? Qu’ils sont moins objets que voix. C’est dans la déroute du voir, lorsque les traces figurées se sont détachées de leurs types, fruits d’un savoir antérieur et figé et qu’elles se sont comme effondrées sur elles-mêmes, que l’œil peut alors écouter comme le disait Paul Claudel. Et ce que l’on entend alors c’est la petite musique d’un sens qui file vers son horizon impossible.
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