Accueil > Au rendez-vous des amis... > Freixe, Alain > Quand manque la grande image
« Si l’homme a besoin de mensonge, après tout libre à lui ! Mais enfin : je n’oublierai jamais ce qui se lie de violent et de merveilleux à la volonté d’ouvrir les yeux, de voir en face ce qui arrive, ce qui est. »
Georges Bataille
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Quand le jour, le monde, est aux mains des assassins, peindre pour Alain Lestié fut opérer ce saut de côté « hors du rang des assassins », comme le disait Kafka à propos de l’acte d’écrire, s’écarter de ce « village du bon sens » dont les paroissiens s’entendent à répéter la mauvaise vie, ses voiles et ses illusions, déménager pour la solitude et la nuit, là où il ne fait jamais assez noir. D’œuvre en œuvre, de prise en prise, de déprise en reprise, Alain Lestié tient tête au jour, au monde, à ce qui en face toujours se dresse au nom d’un inconnu à jamais inconnu, l’ouvert d’un rien, l’éclaircie d’un bond, d’un saut de côté..
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Reste une seule question : comment échapper aux structures de la représentation ? Comment on s’en sort ? Si c’est l’unique question de la littérature, c’est aussi celle de la peinture !
On n’en sortira pas, on le sait. Mais au contact des œuvres comme celles d’Alain Lestié, on a à l’avant de soi, matérialisée, la décision irrévocable de ne jamais renoncer à trouver une issue.
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D’œuvre en œuvre, c’est « une machine de guerre » dont l’objet n’est pas la guerre que travaille à bâtir Alain Lestié. Un agencement de lignes de fuite qui vise la résistance. Le se dresser debout, souffle maîtrisé, vue dégagée. Rupture verticale pour une transcendance horizontale, celle qui voue le sens à l’inachevable.
D’œuvre en oeuvre, c’est une route. Ouverte. Je ne peux pas ne pas penser à Jack Kerouac pour qui la route était « la grande maison de l’âme », le lieu où ce que dit ce mot trouvait à se réaliser. On ne se met pas en route pour s’enrichir – c’est toujours s’alourdir ! – mais pour que la route vous lave de toutes les pluies du ciel et, sous les soleils revenus, vous presse, vous essore et vous sèche. On marche, on travaille pour se détacher…
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Oui, j’oserai reprendre à propos d’Alain Lestié ces mots que Rainer Maria Rilke écrivit le 11 septembre 1902 à Rodin : « Ce n’est pas seulement pour faire une étude que je suis venu chez vous, c’était pour vous demander : comment faut-il vivre ? Et vous avez répondu : en travaillant. Et je le comprends bien. Je sens que travailler, c’est vivre sans mourir. »
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