Accueil > Les rossignols du crocheteur > ALOCCO, Marcel > 1979 - Alocco, la peinture en patchwork
RAPHAËL MONTICELLI
Cette monographie sur Marcel Alocco est parue en 1979 aux éditions Charles le Bouil, collection NDLR.
REPRODUIRE ET / POUR DÉCHIRER
DECHIRER ET / POUR COUDRE
TEMPS DEPOSÉ EN SES OBJETS
Ainsi la peinture d’Alocco se construit selon la double problématique de temps et du lieu ; banalité si on considère l’œuvre comme résultat d’une soumission aveugle et le peintre — ou chacun de nous — balloté de-ci de-là au gré de ce qui se passe. J’entends ce va-et- vient constant de la peinture comme histoire à ce qui s’en dépose dans la pratique individuelle, de la perception en simultanéité des objets plastiques de l’histoire au déroulement de la pratique. J’entends que, construisant une œuvre, l’artiste construit l’objet de sa relation à une histoire ; présenter Alocco comme développant la spécificité de la pratique picturale et — ce faisant — comme mettant en cause les évidences les plus assurées, c’est — chaque fois — le reconnaître pour un peintre qui décentre les données individuelles ou immédiates de la peinture et les fait passer au rang de faits historiques. Dans le premier cas il s’agit de moyens définis que l’on combine (on connaît la subdivision des données de la peinture en couleur, valeur, ligne et forme, elle a la vie dure !) : l’artiste est le compositeur du connu, il produit au mieux la surprise de la combinaison hardie ; dans le second cas tout fait est produit des hommes et le rapport aux faits suppose un rapport aux autres ; les faits sont contradictoires, on s’en saisit pour les transformer, on s’en transforme en les saisissant.
Dans l’œuvre d’Alocco le passage de l’image individuelle comme moyen, au tableau comme « outil » a provoqué une attention accrue d’une part à la perception individuelle du temps historique d’autre part au déroulement dans le temps de la pratique individuelle, dont la première trace plastique se trouve sans doute dans la technique du pointillé des dessins de 1972 (voir photo de la Liseuse d’après Fernand Léger). C’est de la même façon cette considération de la toile construite par les images comme résultat à transformer de la juxtaposition d’objets auxquels nous avons rapport en simultanéité qui a conduit à construire un lieu plastique tel qu’il unifie toile-image et couleur et devienne l’objet d’un rapport de simultanéité et en même temps se charge d’un temps nouveau de la pratique. Cette double nécessité du lieu unité plastique et du temps emmagasiné dans l’objet comme potentialité s’est réalisée dans le Patchwork.
Le Patchwork n’est donc plus un travail d’image — même s’il le présuppose — mais ce qui réalise l’unité plastique toile/image, ou de l’image à ses moyens et qui permet, dans la longue patience de la couture, l’irruption du temps que certain minimalisme semblait vouloir exclure.
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