Accueil > Les rossignols du crocheteur > ALOCCO, Marcel > 1979 - Alocco, la peinture en patchwork
RAPHAËL MONTICELLI
Cette monographie sur Marcel Alocco est parue en 1979 aux éditions Charles le Bouil, collection NDLR.
IMAGES EN DEBORDEMENT
Voilà encore qui permet de revenir et de préciser les choix d’images d’Alocco : que l’on utilise pour peinture les plus marquées des figures de l’histoire de l’art, Léger, Picasso, Matisse ou Lascaux, relève de l’évidence ; que l’on y adjoigne les signes iconiques auxquels nous avons rapport, Mickey ou les lettres de l’alphabet, l’abréviation et le sigle PTT ou les idéogrammes chinois déborde le domaine et brise l’évidence ;
non seulement l’évidence des limites du domaine mais aussi, en manière de conséquence, celle des rapports entre les objets du domaine. Choisies, en partie, pour leur charge signifiante, les images mêlées dans un contexte autre et pour un autre fonctionnement produisent — dans un système de rapports différent— des significations nouvelles. Infidèles à leur origine, devenues repères ou lieu le plus visible d’un investissement culturel elles ont le dis- fonctionnement de tout signe en dehors du système qui le charge comme signe, à la recherche d’un système différent ou à la découverte des différences par rapport au système.
Ce qui aussitôt — et pratiquement — est mis en cause, c’est la validité du contexte, ou du système, dans lequel habituellement l’image fonctionne. La Joconde ou les Demoiselles d’Avignon dans le musée, ou le sigle PTT sur l’enveloppe ou la fourgonnette chacune de ces images telle qu’elle est aujourd’hui située dans notre conception de ce qui est l’art et de ce qui ne l’est pas, de ce qui est l’histoire de l’art et de ce qui ne n’est pas, est-elle à sa seule place possible, sinon à sa vraie place ? Ce qui est mis en cause c’est le double rapport que les hommes construisent à l’œuvre la situant dans un espace plus ou moins pensé comme immuable et dans une époque définitivement classée.
Construire, faire déborder la peinture, c’est mettre en cause —dans le cas d’Alocco — la peinture à la fois comme corpus et comme histoire.
Il ne s’agit pas de dire qu’un artiste naïf de la filiation directe ou indirecte d’un maître : il n’en serait qu’une ombre plus ou moins pâle. Les effets de connaissances sont pleins de détours difficiles à repérer, les impacts culturels les plus évidents souvent mal vus, même et peut-être surtout de celui qui les reçoit… Encore une fois la réflexion revient à la façon dont s’inscrit l’histoire de l’art et à celle dont elle s’écrit, différente, semble-t-il, comme à travers un prisme qui ne serait pas innocent.
(Remarques à propos d’Arman - P.C.A. 27 Août 1976).
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