Accueil > Les rossignols du crocheteur > CHARVOLEN, Max > 2005 - L’indéfini bourgeonnement des ruines (première partie)
RAPHAËL MONTICELLI
En mai 2003, Charvolen se rend sur le site de Delphes, pour travailler sur les ruines du « Trésor des Marseillais ». Son projet est tout simple : traiter cet espace archéologique avec sa démarche et son travail. Chaque intervention s’inscrivait dans le cadre de la commémoration du XXVIIe centenaire de la fondation de Marseille. Cette exposition est la première présentation des résultats de cette intervention.
Le travail de Charvolen consiste à élaborer des représentations de nos espaces et de nos objets quotidiens. Fort banal, présenté en ces termes, ce projet se réalise de façon extrêmement originale, selon un processus inédit qui appartient en propre à l’artiste.
Charvolen « représente », en effet, mais sans adopter la posture habituelle des arts visuels faite d’abord de cette mise à distance que permettent les outils et les médias de la représentation. Littéralement, Charvolen colle à l’objet qu’il veut traiter. Pratiquement, il en réalise un moule, en le recouvrant de plusieurs couches de tissu ; ce recouvrement est ensuite détaché de l’objet dont li conserve la forme et le volume, avant d’être mis à plat.
C’est cette mise à plat qui constitue l’œuvre, la « représentation » de l’objet.
On voit que, assez paradoxalement, Charvolen peut prétendre qu’il s’inscrit totalement dans la procédure traditionnelle de la peinture, puisqu’il donne une représentation en deux dimensions d’une réalité tridimentionnelle.
Outre le passage de trois à deux dimensions, son travail s’inscrit dans d’autres problématiques comme celle de la perception du temps à l’œuvre, celle du statut de la couleur, celle des rapports entre forme et format...
Enfin le traitement pratique et physique de la mise à plat des objets s’accompagne d’un travail informatique -« virtuel »- de recherche sur les autres possibilités de mise à plat.
C’est dans cet ensemble problématique qu’a pris naissance l’œuvre réalisée à Delphes, comme une multiple interrogation sur le rapport à la mise à plat, sur le statut du temps à l’œuvre, et sur le rôle du traitement informatique des mises à plat.
C’est sans doute un truisme de dire que la démarche de mise à plat adoptée par Charvolen présente plus d’un point commun avec les réalités et les démarches de l’archéologie. Métaphoriquement, le travail de recueil et de mise à plat de l’artiste relève de l’archéologie au moins parce qu’il arase et qu’il garde une mémoire de fragments. Plus profondément, la façon dont le temps est mis à l’œuvre relève de processus archéologiques la stratification des couches de toile sous lesquelles il enfouit l’objet, ou encore l’inscription, sur la toile, tout le long de sa conservation in situ, des traces du travail de l’artiste ou du passage des usagers ou des promeneurs, impliquent des modalités diverses de conservation et mise au regard d’un travail du temps dans l’œuvre.
Cette démarche s’inscrit bien dans la préoccupation des « archéologies virtuelles » ou des « archéologies du présent », dont on a quelques illustrations dans l’art des dernières décennies : li s’agit de ce regard particulier sur notre réalité quotidienne immédiate qui la place, par le fait de l’art, dans la distance historique par le recueil, la ruine, l’enfouissement...
À cela li faut ajouter que, à l’instar des archéologues contemporains, Charvolen utilise l’outil informatique -avec de tout autres raisons, on le verra. Au moins faut-il noter que les deux démarches se font écho.
Ainsi, la conception de l’œuvre réalisée à Delphes surgit dans les réflexions de l’artiste comme le développement naturel de certains axes de sa problématique.
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