Accueil > Les rossignols du crocheteur > CHARVOLEN, Max > 2017 - Vagabondages à travers les territoires « Charvolen »
RAPHAËL MONTICELLI
Texte du catalogue accompagnant l’exposition à Chalon sur Saône
Je vous avais promis des histoires… je m’aperçois que j’ai un peu oublié ma promesse… Quoique… Je suis bien toujours dans le voyage et les frontières. Je suis bien toujours en train de parler du jeune homme qui traverse l’Atlantique, en bateau, pour aller voir le grand architecte. Ou de l’enfant qui poursuit du regard le vol des cerfs volants…
Peut-être êtes-vous en train de penser à d’autres artistes… Bien sûr. Quand je regarde une Crucifixion, je pense à d’autres Crucifixions que j’ai vues, Quand je regarde une Pietà, aux autres Pietà. Et quand je vois un intérieur de Vermeer, ou une vue de Delft, je pense à d’autres intérieurs. À d’autres vues de villes. Dans certains cas, je ne veux pas faire de hiérarchie, sinon pour dire qu’un intérieur de Vermeer me sollicite davantage, me donne plus à rêver et penser, qu’un de Ian Steen.
Je ne fais pas de hiérarchie, mais j’ai des préférences : les petites chapelles romanes qui semblent avoir été produites par la terre qui les porte, qui ont été construites avec les matériaux du territoire où elles s’érigent, m’émeuvent bien plus que les cathédrales du gothique flamboyant. Et ces autres chapelles, baroques celles-là, que l’on trouve en pays savoyard. Qui disent la ferveur, la douleur, l’espérance d’un peuple résistant aux peines de la vie. Qui disent aussi le travail de peintres ou sculpteurs dont bien souvent le nom s’est perdu. Qui disent leur attention, leurs imperfections, parfois, leurs maladresses. Leur ferveur. Oui, elles m’émeuvent davantage que les virtuosités du Bernin dans la basilique saint Pierre. Je peux admirer l’habileté d’un artiste, la profusion des moyens qu’il a mis en œuvre pour réaliser son œuvre, comme la grande et imposante série des volumes de Serra au musée Guggenheim de Bilbao. Je peux être ébloui par l’intelligence d’un dispositif. Mais je suis troublé, choqué, scandalisé par la richesse ostentatoire de la mise œuvre, et, bien souvent, par la perte de sens que cela produit. J’aime l’œuvre de Serra, mais aux Serra de Bilbao, je préfère, et de loin, les quelques vitraux que Morellet a installés un escalier du Musée du Louvre. Simples d’apparence, ne cherchant pas à s’imposer (on peut descendre l’escalier, au bout des salles des peintres flamands, sans même les remarquer), mais dès qu’on les considère pendant plus de deux minutes, ils vous… emportent. Moi, ils m’ont donné le tournis : pris de vertige.
Je m’égare ?
Les pièces de Charvolen ont la simplicité des œuvres que j’aime. Leur économie de procédure et de moyens. Le même respect des lieux et des gens qui viennent dans ces lieux et qui les regardent… ou ne les regardent pas.
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