Accueil > Les rossignols du crocheteur > CHARVOLEN, Max > 2017 - Vagabondages à travers les territoires « Charvolen »
RAPHAËL MONTICELLI
Texte du catalogue accompagnant l’exposition à Chalon sur Saône
JE REGARDE LA PREMIÈRE ILLUSTRATION DE CE LIVRE…
C’est un plan de la ville d’Avignon. Un épais trait noir marque les limites de la ville. De certains points de la carte partent en étoile des traits qui disposent autour d’elle des détails de la ville. Du coup, ce qui était invisible sur la carte, devient visible à l’extérieur d’elle. Nous pourrions bavarder longtemps à ce sujet. Sur le franchissement des frontières pour donner visibilité aux détails, par exemple.
Je reviens à la carte et à la frontière noire. Elle me rappelle, cette frontière, les bords noirs de certaines œuvres de Charvolen. En même temps, elle me fait penser à une vieille histoire… Celle de la fondation de Rome, figurez-vous.
C’est Romulus qui, d’après la légende, fonda Rome. Romulus avait un frère jumeau, Remus. Si cette histoire me revient en mémoire en regardant la carte d’Avignon, c’est à cause des limites, et de l’enjeu des limites… En parlant d’elle, je crois que je parlerai aussi du travail de Charvolen…
C’est Romulus qui fut choisi par les dieux, ou les présages, peu importe, pour fixer les limites de la ville. On connaît ce marquage traditionnel du territoire, il accompagne de nombreuses histoires de pionniers : Romulus trace avec une charrue de labour un sillon qui va délimiter sa cité. Sillon purement symbolique à l’emplacement duquel seront placées des barrières, élevé des palissades, érigé des remparts. Par haine, par jeu ou par défi, Rémus franchit cette limite, entra ainsi dans la Rome à venir et se moqua de la pauvre frontière que son frère avait tracée. Romulus, furieux d’être ainsi nargué, tua son frère. Et la légende, transmise par un auteur antique, prétend qu’il dit, en substance : « qu’ainsi périsse quiconque franchira les limites de Rome. »
La légende nous apprend ainsi que celui qui franchit limites et frontières joue avec sa propre vie. Je crois que c’est le cas de ces artistes qui franchissent les limites de ce que l’on considère comme de l’art : ils mettent en jeu leur propre vie. C’est le cas de Charvolen.
Il y a d’autres détails de la légende qui m’intéressent. Parce qu’ils ont eux aussi à voir avec l’œuvre de Charvolen justement…
Voici un premier détail : Romulus et Remus n’ont pas choisi par hasard l’emplacement de ce qui allait devenir Rome. D’après la légende, ils décidèrent que ce serait le lieu où ils avaient été abandonnés, sur les bords d’un fleuve, au milieu de collines, et où ils avaient avaient passé leur enfance. C’est ce lieu « de l’enfance retrouvée » qui est le lieu du génie, dit Baudelaire. Contentons-nous de dire que c’est le lieu de l’art. C’est aussi le lieu de bien des sciences, de l’archéologie à l’astrophysique. Comme dans le roman d’Asimov, le lieu de la fondation, celui vers lequel on tend désespérément, c’est le lieu d’origine. Je note aussi l’abandon, la séparation forcée, le déchirement premier du début de toute vie, les déchirements que provoquent toute vie. Et le retour au pays natal. Il y a, dans le travail de Charvolen, comme un chant de l’abandon et de l’abandonné qui recherche ou construit le lieu de son apaisement. Vous savez… C’est aussi l’image d’Ulysse « qui fit un beau voyage » et qui ensuite « s’en est retourné, plein d’usage et raison, vivre entre ses parents le reste de son âge ».
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