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RAPHAËL MONTICELLI
En octobre 2018, la bibliothèque de l’université de Cambridge organisait une présentation des éditions de la Diane française à l’occasion des 25 ans de la maison. Un catalogue « Le livre et sa matière » était alors publié avec des textes de Jean Khalfa, Alain Freixe et des illustrations des artistes liés à la Diane française.
« Ces lumières parmi nous » est ma contribution au catalogue.
Comme un retournement de situation : aux artistes il demande leur lecture des textes anciens. Aux auteurs, il demande leur lecture des peintres contemporains. C’est ainsi qu’il articule trois collections au sein de ses éditions : le Musée de poche, l’Art au carré, une Feuille de céramique, d’autres ouvrages sont hors collections, selon les opportunités.
Selon le type de textes, Aureglia modifie ou inverse ainsi le rapport habituel entre le texte et l’image.
Il modifie la relation entre image et texte de référence. L’iconographie traditionnelle renvoyait directement au texte, elle le portait, le contenait. Le texte donnait à l’image son sujet, son organisation, sa composition, son sens de lecture, à tel point qu’il suffisait souvent de voir l’image pour lire le texte. Les artistes que sollicitent Aureglia donnent non le texte seul mais d’abord leur lecture du texte : ils interprètent des textes gravés depuis longtemps parfois dans nos mémoires, plus souvent dans nos habitudes, et ainsi les vivifient.
Il inverse la relation entre textes et images dans la production contemporaine. Les œuvres des artistes contemporains, figuratifs ou non, se réfèrent rarement à des textes fondateurs. La liberté des thèmes, des supports, des outils, des procédures, produit une masse d’images dont certaines visent à ne rien représenter de reconnaissable. Les œuvres deviennent ainsi des objets dont on ne peut parler qu’en produisant des discours inédits.
Dans certains cas, l’œuvre comporte des mots, des textes, des écrits, lisibles ou non, collages ou graffitis : hors contexte, ils mettent encore davantage le texte en question, et suscitent -ou imposent- une parole neuve.
C’est dans cette relation nouvelle qu’intervient Aureglia l’éditeur lorsqu’il sollicite des auteurs, prosateurs ou poètes, écrivains ou critiques d’art, pour qu’ils mettent des mots sur des images que, le plus souvent, les mots ne cernent pas. Comme en échange, il compose les textes comme on le le faisait dans l’atelier d’Alde Manuce, penché sur sa casse, un mot après l’autre, un caractère après l’autre. Une parole nouvelle sur des images nouvelles ancrée dans la plus illustre des traditions typographiques.
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Sans vous confondre, je vous joins souvent dans mes rêveries, Aldo de Venise, né à Bassiano, à mi chemin entre Rome et Gaète, Jean Paul de Nice, né à Dakar, éduqué par les maristes, et à vos images mêlées se joignent celles des copistes affairés, des scribes au regard de sphinx, et au delà, troubles derrière les brumes du temps, celles des graveurs et peintres de signes et d’images, qui, à défaut de nous délivrer des messages au sens clair, nous disent : « Nous sommes ici, présents parmi vous, vivants autant que peuvent l’être ceux dont persistent les traces parmi vous, lumières dans la fureur humaine. »
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