Accueil > Les rossignols du crocheteur > QUELQUES ROSSIGNOLS AVEC MICHEL BUTOR > Conversation dans une chambre obscure
MCHEL BUTOR ET RAPHAËL MONTICELLI
Note : ce texte a accompagné une exposition de portraits photographiques de 5 artistes réalisés par 5 photographes. L’exposition s’est tenue du 6 septembre au 6 octobre 1991 à la Fondation Sicard-Iperti à Vallauris.
Les photographes : Frédéric Altmann, François Cerf, François Goalec, Béatrice Heyligers, André Villers.
Les artistes : Ben, Hebreard, Hartung, Eppelé, Magnelli
MB : Ce n’est pas seulement l’oeuvre de l’artiste qui m’intéresse, mais tout ce qui mène vers elle.
RM : On nous aurait suggéré de discuter entre nous de photographes brisant l’intimité d’ateliers d’artistes. Ou la nuit reprendre ses droits et couvrir, envahir, envelopper, protéger à jamais l’image qui l’avait fait naître)...
MB : (Il ferme les yeux comme pour se laisser descendre au fond de lui-même par des glissières ou des échelles
Tout autour de lui, des poutres de fer, de grands engrenages.)
Ce n’est pas seulement le résultat du travail seul qui m’intéresse mais le travail lui-même. J’aurais commencé par inscrire une courte ligne au bas de chaque photo.
RM : Mais il y avait aussi cette autre excitation de laisser l’image disparaître dans sa propre nuit, l’ombre accomplir sa destruction… que l’image est suffisamment sortie de son aveuglement blanc.
MB : Les photographes ont certainement leurs préférences parmi ces artistes, mais ils ne voudraient pas que cela apparaisse dans ce texte. Ce n’est pas seulement ce que produit l’artiste qui m’intéresse, mais la façon dont il vit.
RM : L’identité des photographes comme celle des artistes ne devrait jamais nous être entièrement dévoilée avec certitude avant l’exposition elle-même.
MB : On aurait donc été dans la région des égaux.
RM : Et cette inquiétude tendue quand on hésite à décider que la progression des ombres doit cesser…
MB : On manipule quelques dessins ou gouaches comme si on jouait aux cartes, négociait une passe difficile dans un interminable jeu de patience. Ce n’est pas seulement l’oeuvre qui va quitter l’atelier qui m’intéresse, mais l’atelier même.
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.