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MCHEL BUTOR ET RAPHAËL MONTICELLI
RM : Et qui produisait sur moi le même troublant effet que les femmes qui se vendent.
MB : Dans le silence de la contemplation, le bruit d’un déclic. Ce n’est pas seulement la maîtrise de l’artiste qui m’intéresse, mais ses hésitations.
RM : J’aurais subdivisé mon propre texte en 33 propositions de manière à pouvoir les tresser aux vôtres, en le prenant par la fin pour qu’il ne se heurte pas à l’énoncé de ce qui nous intéresse chez l’artiste. La première et la dernière série ayant été déterminées, l’organisation de l’ensemble devait avoir pour but de passer de l’une à l’autre de façon cohérente.
MB : Dans le texte, chaque artiste imaginaire donnerait la main en quelque sorte à deux réels : celui qui le précéderait et celui qui le suivrait.
RM : Qui ne cherche pas même à masquer sa nature de leurre.
MB : Une ampoule rouge au dessus des bacs. Ce n’est pas seulement la journée de l’artiste qui m’intéresse, mais c’est sa nuit.
Ce n’est pas seulement la solitude de l’artiste qui m’intéresse, c’est sa tribu.
RM : Je vous aurais enfin soumis le résultat de cette conversation sans voix, croisement ou tissage, communication ou communion, de cet entrelacs ou fusion, de cet effort pour leurrer la distance, l’absence, le temps et la mort, aux choses de ce monde qu’elle figure avec trop d’évidence dans une tromperie impudique et triomphante.
MB : Un cliché glissé dans l’agrandisseur.
Le tirage qui apparaît dans le révélateur. Ce n’est pas seulement l’artiste qui m’intéresse, c’est son photographe. Les artistes réels seraient reliés dans un réseau de mailles imaginaires, et ce ne seraient pas seulement les oeuvres, comme dans une exposition, ce seraient les vies, comme dans une cité d’artistes, qui pourraient se multiplier en villes ; en feuilletant les images et leurs légendes on se promènerait ainsi dans une société imaginaire qui nous inviterait à transformer la nôtre.
RM : Peut-être en raison de la facilité avec laquelle elle s’imposait à moi et savait attacher mon regard, au delà d’elle, j’ai longtemps trouvé vulgaire la photographie.
MB : L’image qui sèche comme une chemise. Ce n’est pas seulement le photographe qui m’intéresse, c’est son admirateur. Les artistes imaginaires ne sont ni vivants ni morts : ils font communiquer les vivants et les morts, ils nous font passer de l’autre côté. Cherchant l’inspiration.
USA. FRANCE
Sous le cerisier de Lucinges
Juillet 1991
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