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MCHEL BUTOR ET RAPHAËL MONTICELLI
MB : Ce n’est pas seulement la toile tendue sur le châssis qui m’intéresse, mais le châssis lui-même.
RM : Nous nous serions furtivement fait savoir que nous ne pourrions garder les textes en l’état. J’avais peine à comprendre l’effet de la lumière sur ces surfaces de papier apprêté.
MB : Un nageur aveugle dans son aquarium.
L’’ondulation des tuiles au soleil noir, comme si, brusquement, c’était le clair de lune. Ce n’est pas seulement ce qui est dans le cadre qui m’intéresse, mais le cadre lui-même. Avec cinq légendes je réaliserais un portrait de chacun des artistes visités.
RM : De la chorégraphie, ou d’un rite voué à donner la vie ou du moins, selon leur très beau cliché, à la révéler.
Les manipulations de la lumière, les jeux de caches, des réserves et des ombres, les choix des cadrages, les agrandissements, les comptages, tenaient de la chirurgie…
MB : Les poulies et les palans pour déplacer têtes et bras. Ce n’est pas seulement l’oeuvre qui se détache sur le mur qui m’intéresse, mais le mur lui-même.
RM : Je me serais emparé, avec quelle émotion !, du vôtre, comme je l’avait fait -jadis- pour tel de vos romans, ou, ces dernières années, pour votre “Pique-Nique au Pied des Pyramides”.
MB : J’aurais préféré éviter de mentionner le nom de mes modèles, ou plutôt des leurs.
RM : Autrement troublante avait été la découverte de l’alchimie des photographes dans l’ombre rougeâtre du laboratoire.
MB : Des instruments de torture pour se faire passer soi-même aux aveux. Ce n’est pas seulement la couleur étalée sur la toile qui m’intéresse, mais celle qui est encore dans son tube ou dans son pot.
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