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MCHEL BUTOR ET RAPHAËL MONTICELLI
RM : (l’inverse de ce moment où les lignes des objets se dessinent de la dissipation des ombres qui les environnent.)
MB : Une panoplie de clefs pour serrer et desserrer tous les écrous du monde. Ce n’est pas seulement la lumière qui est dans l’oeuvre qui m’intéresse, mais celle dans laquelle elle s’est produite.
RM : Il nous aurait été impossible de nous rencontrer, de prendre le temps d’envisager ensemble une stratégie commune.
MB : Il y aurait certains artistes que j’aimerais mieux que d’autres, mais je ne voudrais pas que cela apparaisse dans le texte.
RM : Dans une sorte de dérisoire et inverse lever du jour ?
MB : Dans la lumière glacée la pierre se transforme en miroir fertile. Ce n’est pas seulement regarder l’oeuvre qui m’intéresse, mais regarder l’artiste la faire.
Ce n’est pas seulement regarder l’oeuvre qui m’intéresse, mais regarder l’artiste la regarder.
RM : On ne nous aurait pas même donné le temps de dialoguer réellement par écrit
(Mais je ne connaissais guère de plus profonde jubilation que celle qui me saisissait à voir, rongeant la blancheur, l’image peu à peu gagner sur le silence de la page)
MB : Dans la plaque de verre les cubes et leurs orbites se dédoublent, chaque face de l’édifice en appelle une autre au secours.
Comme une pastille de moi-même dans le miroir ovale que les feuilles de bronze permettent de tenir de loin entre des mains ouvertes comme dans une offrande. Ce n’est pas seulement regarder l’artiste regarder l’oeuvre qui m’intéresse, mais le regarder me regarder. Il serait impossible de relier les préférences du photographe au nombre de clichés mis à notre disposition, d’autant plus qu’ils auraient été choisis parmi des ensembles beaucoup plus vastes dont l’ampleur nous serait inconnue.
RM : L’oeil ne perçoit que du vide quand la surface apparemment vierge porte déjà l’image à venir.
Et qui devait provoquer dans leurs heurts des ravages ténus et des chants de souffrance infimes.
MB : Sur l’échiquier frais les mains qui rêvent de parties, caresses et fugues. Ce n’est pas seulement la toile qui est sur le chevalet qui m’intéresse, mais le chevalet même.
RM : Nous aurions été comme à deux coins opposés d’une gigantesque chambre obscure.
MB : Quelle question piège allez-vous bien me poser. Je la vois se former sur vos lèvres.
RM : lancées à des vitesses que l’on sait vertigineuse
MB : Voici la forêt des enlacements, des lueurs. Ce n’est pas seulement la sculpture qui est sur le socle qui m’intéresse mais le socle même.
Ce n’est pas seulement la couleur qui est sur la toile seule qui m’intéresse, mais la toile même.
RM : Nous aurions échangé des écrits antérieurs où il aurait déjà été question de photographes et de violations de secrets.
MB : Les reflets jouent à cache cache dans les chevelures de métal.
(Un peu inquiet, ne comprenant pas très bien ce qu’on voudrait qu’il fasse cette fois, il se met à l’abri de l’oiseau qui
volète entre les cernes noirs)
Ce n’est pas seulement le coté peint de la toile qui m’intéresse, mais l’autre aussi. J’aurais décidé que pour chaque artiste j’utiliserais seulement cinq légendes.
RM : Sur lesquelles une conscience experte les précipitait.
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