BRIBES EN LIGNE
(vois-tu, sancho, je suis       avant dans le train premier rare moment de bonheur, l’homme est       ...mai bribes en ligne a antoine simon 23 arbre épanoui au ciel franchement, pensait le chef, toutes ces pages de nos (À l’église macles et roulis photo 6 "si elle est noble folie de josué, af : j’entends autres litanies du saint nom le vieux qui issent de mer, venent as ecrire les couleurs du monde a grant dulur tendrai puis     rien portrait. 1255 : tes chaussures au bas de sous l’occupation       vu il aurait voulu être tout à fleur d’eaula danse qu’est-ce qui est en pour mireille et philippe       l̵ prenez vos casseroles et     de rigoles en   encore une il était question non si, il y a longtemps, les troisième essai et pour andré six de l’espace urbain,       sur antoine simon 3 ce qu’un paysage peut li quens oger cuardise pour andrée       neige beaucoup de merveilles il pleut. j’ai vu la     après quand les eaux et les terres       voyage       le exacerbé d’air à bernadette derniers   maille 1 :que mougins. décembre je suis bien dans deux nouveauté, pour ma seins isabelle boizard 2005 paroles de chamantu le samedi 26 mars, à 15  les œuvres de des conserves ! le texte qui suit est, bien       la elle disposait d’une ma voix n’est plus que  tu vois im font chier une autre approche de c’est le grand       qui après la lecture de j’ai donc l’évidence       au la réserve des bribes tout en vérifiant trois tentatives desesperees je t’enfourche ma     pourquoi 0 false 21 18     &nbs aucun hasard si se pierre ciel charogne sur le seuilce qui le galop du poème me maintenant il connaît le pour yves et pierre poher et fin première couleur qui ne masque pas d’un côté       l̵       soleil troisième essai antoine simon 11 ] heureux l’homme le 26 août 1887, depuis       fourr& a dix sept ans, je ne savais pour le prochain basilic, (la nous viendrons nous masser   voici donc la des voix percent, racontent    si tout au long       bonheu l’impossible       reine et tout avait madame, on ne la voit jamais "ces deux là se constellations et je ne peins pas avec quoi, chaises, tables, verres, soudain un blanc fauche le mise en ligne       m&eacu deuxième approche de       apr&eg 1257 cleimet sa culpe, si       su À peine jetés dans le       sur station 7 : as-tu vu judas se pour dernier vers aoi quand vous serez tout chaque automne les janvier 2002 .traverse       il si tu es étudiant en toutefois je m’estimais je suis celle qui trompe attelage ii est une œuvre religion de josué il cliquetis obscène des       allong       jonath quando me ne so itu pe       entre dimanche 18 avril 2010 nous macles et roulis photo 7 la poésie, à la pour robert ainsi fut pétrarque dans       la pie antoine simon 7 Ç’avait été la un temps hors du ce 28 février 2002.  improbable visage pendu derniers vers sun destre li emperere s’est c’est vrai le 19 novembre 2013, à la il n’est pire enfer que       arauca un besoin de couper comme de pour julius baltazar 1 le   le 10 décembre  epître aux       ( je ne sais pas si mais jamais on ne     [1]  très saintes litanies dorothée vint au monde une errance de la question du récit je me souviens de en 1958 ben ouvre à toi, mésange à    en dans le monde de cette etudiant à f qu’il vienne, le feu       force       pass&e l’art c’est la vous avez       dans ce pays ma mère ma voix n’est plus que archipel shopping, la il semble possible au lecteur voici le premier     nous première temps où les coeurs i en voyant la masse aux bientôt, aucune amarre le temps passe si vite,     surgi vous avez dans la caverne primordiale j’ai donné, au mois sept (forces cachées qui pour michèle aueret   se le travail de bernard   pour le prochain vi.- les amicales aventures       deux quatrième essai rares je sais, un monde se antoine simon 17       &agrav dernier vers aoi       pass&e       l̵       (       glouss       au traquer antoine simon 25 dernier vers aoi   au milieu de antoine simon 18 zacinto dove giacque il mio heureuse ruine, pensait vous dites : "un dans les écroulements reflets et echosla salle     le cygne sur quelque temps plus tard, de  le livre, avec saluer d’abord les plus le proche et le lointain approche d’une     les fleurs du trois (mon souffle au matin f le feu m’a cet article est paru station 4 : judas  c’est extrêmement tromper le néant dernier vers aoi antoine simon 15 pour michèle  mise en ligne du texte ce qui importe pour et ma foi,     cet arbre que       l̵  tu ne renonceras pas.       allong et si au premier jour il titrer "claude viallat,       le lu le choeur des femmes de suite du blasphème de quand sur vos visages les mon travail est une temps où le sang se rimbaud a donc             fleur       m̵ de pa(i)smeisuns en est venuz moi cocon moi momie fuseau       ma       &agrav       nuage et que dire de la grâce intendo... intendo ! dans l’effilé de aux george(s) (s est la chercher une sorte de art jonction semble enfin il arriva que aux barrières des octrois réponse de michel bien sûrla (ô fleur de courge...       fourmi madame est toute sables mes parolesvous l’heure de la ki mult est las, il se dort écrirecomme on se à propos “la les plus vieilles dire que le livre est une buttati ! guarda&nbs les dernières "mais qui lit encore le antoine simon 24 au seuil de l’atelier le 28 novembre, mise en ligne ne pas négocier ne voile de nuità la tout le problème       dans       la station 3 encore il parle le nécessaire non     chambre l’instant criblé au rayon des surgelés je dors d’un sommeil de nous serons toujours ces       le me jouer sur tous les tableaux ils sortent ce légendes de michel immense est le théâtre et  il est des objets sur normalement, la rubrique le ciel de ce pays est tout ce qui fait tableau : ce tout est prêt en moi pour     " onzième antoine simon 31 peinture de rimes. le texte le lent déferlement de profondes glaouis   ces notes  dernières mises pour marcel on a cru à c’est ici, me       voyage j’ai changé le a christiane Éléments -   pour adèle et je suis    il       &agrav j’oublie souvent et sauvage et fuyant comme cinquième citationne même si   anatomie du m et antoine simon 16 sculpter l’air :       les       la au programme des actions antoine simon 21       au du fond des cours et des madame, c’est notre l’existence n’est dernier vers aoi c’est un peu comme si, comme un préliminaire la       je a la femme au       vaches "et bien, voilà..." dit lorsque martine orsoni a toi le don des cris qui premier vers aoi dernier agnus dei qui tollis peccata  pour de ce jour là, je pouvais c’est seulement au attention beau antoine simon 14 (josué avait lentement imagine que, dans la la tentation du survol, à "je me tais. pour taire. le 2 juillet 0 false 21 18    courant       sur allons fouiller ce triangle f les rêves de       grappe patrick joquel vient de et c’était dans dernier vers s’il max charvolen, martin miguel des quatre archanges que "la musique, c’est le granz est li calz, si se tout est possible pour qui il faut laisser venir madame Être tout entier la flamme si j’étais un autre petite voix inoubliables, les    au balcon pour max charvolen 1) polenta       baie       deux la parol

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MICHEL BUTOR

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Dix regards sur l’atelier désert d’Olivier Debré
© Michel Butor
Artiste(s) : Debré , Baltazar Ecrivain(s) : Butor (site)

pour Julius Baltazar

1
le regard égyptien

  Dans son atelier le peintre regarde. Sa toile d’abord, son modèle quand il en avait un (et avec quelle intensité !), tous les objets qui ont abouti là, plus ou moins choisis, plus ou moins imposés par l’administration, les gens qui passent, la rumeur ; et parfois la peinture est là justement pour le protéger contre cette invasion, ca capharnaüm ; il s’y réfugie. Mais aussi le peintre se sent regardé, car il travaille pour le regard d’autrui qui appréciera plus ou moins, goûtera, jugera, paiera, utilisera. Et ce regard n’est pas seulement futur. Il y a le visiteur, le marchand, l’ami, le critique. Cela interrompt en général le travail, mais aussi l’envahit. Une fois l’importun parti, lequel est parfois respecté, admiré, aimé, pas facile de s’y remettre. On n’est plus seul. Le regard de l’autre demeure, envahit tout. L’examen déborde avant et après. Car il y a aussi hier, l’an passé, le siècle passé, les amis d’autrefois, ceux qui sont morts avant qu’on naisse. Ainsi les peintres qu’on admire, même sans se le dire, même en disant le contraire. Qu’aurait-il pensé en voyant cela ? Les peintres ou tous ceux qui nous ont donné directement ou indirectement quelque chose à regarder. Le regard d’autrui est évoqué, exorcisé, célébré dans l’atelier par des figures, des reproductions ou citations, des fantômes de visages venus parfois de civilisations fantômes patiemment désensablées dans le désert proche du Nil.


2
le regard tourangeau

  Même dans l’atelier parisien la lumière met en jeu d’autres temps, d’autres lieux, ceux de l’enfance en particulier. Cette nuance particulière de gris sur le mur, soulignée par un rayon entre deux nuages, n’était-ce pas celle précisément d’un toit d’ardoises au détour de la rue et du fleuve ? Ce blanc celui de tel château se réveillant au bois, bruissant de souvenirs des satins et sonnets sur le fond monotone de la leçon psalmodiée aux touristes fourbus et ravis que leurs cars attendent sur l’esplanade. Créneaux et machicoulis dessinent leurs grecques dans le plâtre ; les ombres ravivent les échos d’explorations dans les caves et carrières au-dessus des vignes tandis que le soleil se couchait derrière les roseaux d’où s’échappaient des hérons. D’un marécage venait le barrissement d’un butor. Le balancement des arbres vient s’inscrire dans les vitres rectangulaires avec la topaze ou le rubis qui brillait dans les verres à pied dont on faisait tinter le cristal sur la terrasse pour trinquer avec les amis des parents.


3
le regard parisien

  Ils parlent ; ils n’en finissent pas de parler ; ils se brouillent et débrouillent ; ils commentent, ils philosophent, ils paradoxent, ils retournent leurs vestes, ils attaquent, ils insinuent, ils se scandalisent, ils se récrient ; mais en ne les écoutant que d’une oreille, on peut les examiner des deux yeux, admirer le drap de leur veston, la moire de leur cravate, le dégradé de leur coiffure. Le mouchoir qu’ils sortent soudain pour s’éponger ou éternuer, s’ouvre comme une fleur. L‘ombre d’un barreau vient caresser leur main. Voici celle d’une femme avec ses ongles travaillés, exactement la nuance que l’on cherchait depuis si longtemps. Elle déploie sa chevelure en la secouant , et c’est le vent de la plage qui entre soudain avec le cri des mouettes. Quand ils s’en vont, on les suit dans le vestibule, on les imagine dans les rues, dans les galeries, dans leurs appartements où certains ont des tableaux dont ils parlent, dans les cocktails ou les dîners avec vedettes, ministres, ambassadeurs, dignitaires ecclésiastiques, et même des peintres. On peut prendre des vacances ; on peut voyager ; on est tellement sûr qu’on les retrouvera, les mêmes individus ou leurs sosies, avec les mêmes gestes, les mêmes voix, le même vocabulaire qui évolue lentement d’une année à l’autre, chez certains un peu plus vite, les lanceurs de modes ; et tout cela forme une musique exquise quand on réussit à prendre une distance suffisante pour l’écouter, un peu comme celle de la pluie.


4
le regard norvégien

  Les toiles tendues sur leurs châssis, appuyées sur les murs, puis l’une sur l’autre avec une pente qui s’accentue et qu’il faut toujours redresser, corriger, sous peine d’écroulement, donc d’engorgement, d’embouteillage, d’impossibilité de plus circuler dans les canaux de l’atelier, les fjords réservés, les toiles font descendre jusque dans notre plaine les escarpements et les éboulis, les forêts quasi-verticales qui se terminent en nappes de prairies, cascades et lacs sous les pieds des églises et des maisons de bois. Les baguettes s’épaississent en poutres ; la moindre ondée de l’autre côté du vitrage s’amplifie en orages, et le courant d’air en tempête. Quand la peinture glisse et coule sur le grain du tissu préparé, le pinceau se met à crisser comme une paire de skis sur la neige fraîche. Quelle liberté alors, quelle maîtrise de ses mouvements jamais expérimentée lors des quelques essais sportifs ! Le saut, l’acrobatie, la virevolte ; et l’on remonte de l’autre côté pour se répandre, neige soi-même, aiguilles et nuages, marée soi-même, haletant douloureusement, victorieusement dans les tuyaux de givre et les halos du soleil de minuit.


5
le regard chinois

  L’armée qui sort de terre ; piétons ou cavaliers en morceaux d’abord, puis patiemment reconstitués, redressés ; l’armée qui donne l’impression de sortir d’un tunnel et qu’elle pourait soudain secouer sa poussière pour escalader les murs de ses fosses et crier sa hargne contre la creuse immortalité qui lui avait été promise, contre l’empereur fou avec ses idées de grande muraille ; l’armée implacablement scandant ses idéogrammes en quelques gestes accusateurs et qui change soudain de costume et d’époque ; l’armée soudain devient troupe innombrable d’acrobates, chanteurs et danseurs, faisant tournoyer épées et bâtons, jonglant avec bols, baguettes ou crânes, frôlant rideaux et bannières, les entraînant en tournoiements et drapés tandis qu’entre ses colonnes sur son piédestal à pétales de lotus, le Deux fois né venu du Sud, le Tout heureux, le Revenu de toute déception, répand dans l’or et l’encens sur la foule qui ne sait plus du tout où l’a menée sa longue marche, un sourire inépuisablement compatissant.


6
le regard japonais

  Il y a un moment où il faut retourner la toile. Soit qu’on ne sait plus comment s’en tirer ; il faut donc la laisser reposer, déposer, en espérant que les choses s’éclairciront, qu’une idée viendra, une issue. Soit au contraire qu’on a l’impression que ça y est ; on a réussi, l’oeuvre est faite ; ce dont on se méfie toujours, et donc il faut la mettre en quelque sorte en pénitence ou purgatoire, en attente d’un jugement plus rassis. De toute façon il faut dégager le terrain. Même si l’on travaille sur plusieurs chevalets à la fois, sur plusieurs tables ou plusieurs régions du sol, parquet ou lino, il faut diminuer un peu la perturbation, la résonance. Aussi quand on va chez un peintre, en général on ne voit au début que les dos des toiles, à quelques exceptions près qui seront inéluctablement recouvertes par la suite dans le long et souvent périlleux exercice du retournement. Donc la toile sans peinture, même sans apprêt, avec sa poussière et son grain, dans le cadre de son châssis, un anticadre en quelque sorte, est comme un rectangle de sable ratissé entre des passerelles de bois, écran sur lequel des signes s’installent comme des rochers ou des statues le long desquels des moines couleur de miel , devant paravents et panneaux à glissière, poursuivent leur interrogation méditative.


7
le regard africain

  La savane le soir avec les espèces, chacune à son tour, qui viennent boire au point d’eau, avec les hommes qui observent tout ce rassemblement attendant la dispersion crépusculaire, les hommes enfoncés dans le paysage, lui appartenant malgré leurs costumes nouveaux, leurs chapeaux et chaussures ; les hommes qui depuis toujours marchent, sautent et courent avec des lances et des bâtons, à la recherche de viande pour la famille, de peaux et d’ivoire pour les européens qui s’installent -on dira bientôt les occidentaux-, qui gagnent comme une moisissure. Des hommes aussi semble-t-il, mais qui se comportent comme s’ils étaient d’une espèce différente, conquérant, colonisant, évangélisant, enseignant, civilisant, urbanisant, ces occidentaux qui occupent de plus en plus de terrain, traçant leurs routes, déplaçant les villages, rasant les forêts, creusant des mines, aménageant des aéroports. Certains parfois sont pris dans le piège de ce continent ; leurs yeux d’occidentaux, même s’ils sont bleus, se chargent d’un autre vent, d’une autre boue, même d’une autre langue. Mais, pour la plupart, ils glissent, dans leur agitation nostalgique, tels des planches à voile sur les nappes vertes et ocre, planent, tel des parapentes sur les dunes lisses comme des champs de neige, ondulent sur les vagues de poussière et de sueur, s’efforçant d’amasser pécule ou collection, attendant le retour vers le seul pays qu’ils considèrent comme réel.


8
le regard américain

  Le secrétariat, l’administration, la gestion : comptabilité, taxes, pourcentages, valeurs d’assurance, estimations, cotes, résultats au dernier passage en salle des ventes. Après le grincement de la plume, le crépitement de la dactylographie, le crissement de la télécopieuse, le sussurement de l’ordinateur transmettant des messages transatlantiques avec bilans, factures, déclarations pour les autorités compétentes, avalanches de chiffres et de réglementations. Cinquième avenue, Greenwich village, Soho, Wall street. Mais il y a aussi les grands voiliers d’autrefois, clippers ou baleiniers à la poursuite de Moby Dick, les broches des autoroutes épinglant le paysage dans la fumée des barbecues et les gerbes d’étincelles projetées par les motocyclettes sauteuses, les églises blanches, les érables en automne, les cardinaux de Virginie, les trains fabuleux, les aigles chauves, les lacs, les essaims d’avions longs-courriers tournoyant au-dessus des pistes en attendant le feu vert de la tour de contrôle, les grands silos jusqu’aux montagnes rocheuses avec les hauts plateaux, le désert peint, la forêt pétrifiée, les canyons, les arbres immenses, la vue sur le Pacifique, les quartiers à gratte-ciels semblables à ces agglomérations de cactus cierges, le passage d’une heure à l’autre en changeant d’état, et l’idée qu’on peut encore crever la frontière et prendre le large.


9
 le regard précolombien

  Au sommet des pyramides de livres qui ressemblent à des bûchers préparés pour une sinistre fête à ruissellement de sang, l’émergence à jamais d’une idole évanescente tout autre, incomparablement généreuse, qui fait éclore des milliers de fleurs, de bulles de protochampagne ou de pulque, de parapluies ou parasols, tounesols tournoyant dans la tornade et l’arc-en-ciel. Visage déterré dans quelque fouille par une savante équipe universitaire, mais c’est comme si son sourire avait émergé à travers des années de peaux de plus en plus tannées, à travers le masque de ce paysan croisé seigneurial sur une route au Guatémala, parmi ces bouquets d’agaves, ou de ce mendiant proposant balais et crayons sur le trottoir de quelque faubourg à ambassades et touristes, zone rose au milieu des océans de tôles et parpaings, quémandant l’indispensable aumône, puisque tout le monde s’est déglingué. Le sourire à travers le masque de l’idole mendiante revendiquant à la fois l’antériorité, la continuité linguistique, l’expertise du malheur, l’ouverture sur des paradis d’obscurités chatoyantes, la lumière d’enfers défrichés.


10
 le regard sous-marin

  La scène de l’immense opéra lointain ; ou sa maquette dans l’atelier, ses multiples maquettes pour pouvoir nager d’essai en essai, légères, maniables ; ou l’atelier lui-même de taille intermédiaire entre ces deux extrêmes, maquette lui aussi, contenant les autres qui s’y déplacent, scène aussi, mimant la grande au-delà des mers ou déserts ; tout cela conçu comme un aquarium avec oxygénation, circulation, éclairages. C’est qu’il y faudra pouvoir au mieux chanter et danser dans les flots des regards, incarner héros et dieux dans tous leurs avatars et révélations, même les plus dérisoires, détailler les récitatifs, lancer les arias, reprendre en choeur, dialoguer avec les instruments, animer les décors, transfigurer les costumes et les accessoires, faire exploser l’amour, la vengeance, la découverte, tonner, supplier, charmer, déchiffrer, brûler sous les applaudissements ou le silence du public paralysé par l’émotion. Les poissons passent et repassent, leurs écailles devenant cuirasses, leurs nageoires des voiles et des ailes, leurs attroupements des mouvements de foule, leurs virages des glissements d’un règne à l’autre, d’une dynastie à l’autre, d’un régime à l’autre, dans les rotations des cultures et des astres, emportés par les courants et les marées du ciel.

P.-S.

Espaces / Butor

Publication en ligne : 16 février 2009

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