BRIBES EN LIGNE
 les œuvres de tes chaussures au bas de pour julius baltazar 1 le   d’un coté, l’instant criblé     extraire violette cachéeton ce poème est tiré du       le  pour de       l̵ dernier vers s’il antoine simon 19 et encore  dits que reste-t-il de la une fois entré dans la vous êtes macles et roulis photo 3       "       sous temps où les coeurs sculpter l’air : " je suis un écorché vif. suite de on trouvera la video langues de plomba la fontelucco, 6 juillet 2000 dans le monde de cette     après ils sortent libre de lever la tête raphaël station 3 encore il parle la prédication faite dernier vers aoi reflets et echosla salle     sur la vous avez       pav&ea tous ces charlatans qui antoine simon 10       le la tentation du survol, à dans ma gorge "pour tes       au et que dire de la grâce des voix percent, racontent pour nicolas lavarenne ma derniers       la       nuage antoine simon 25       " les durand : une  le livre, avec mon cher pétrarque, les grands et il parlait ainsi dans la       dans     depuis mon travail est une    seule au le galop du poème me j’ai travaillé les doigts d’ombre de neige       coude À perte de vue, la houle des art jonction semble enfin     nous dernier vers aoi  la lancinante   entrons dernier vers aoi     de rigoles en     les provisions   j’ai souvent station 4 : judas  nous lirons deux extraits de    7 artistes et 1  tu vois im font chier où l’on revient la mastication des antoine simon 13 décembre 2001.   le 10 décembre j’ai longtemps la gaucherie à vivre,         &n dernier vers aoi ce qui fait tableau : ce je ne sais pas si       qui carcassonne, le 06       grimpa c’est vrai       je pour michèle gazier 1 antoine simon 21 pour helmut f toutes mes voile de nuità la je découvre avant toi genre des motsmauvais genre dorothée vint au monde       rampan antoine simon 12 et combien madame, c’est notre À max charvolen et martin titrer "claude viallat, pour le prochain basilic, (la je dors d’un sommeil de ainsi va le travail de qui nous dirons donc c’est ici, me pour michèle aueret pour max charvolen 1) se placer sous le signe de la vie humble chez les macles et roulis photo 1 un titre : il infuse sa       gentil antoine simon 29 je suis celle qui trompe    en   six formes de la la fraîcheur et la envoi du bulletin de bribes si j’étais un antoine simon 7 petites proses sur terre les dernières nous savons tous, ici, que       cerisi l’illusion d’une f tous les feux se sont       la     &nbs dans la caverne primordiale encore la couleur, mais cette nous avancions en bas de mille fardeaux, mille toute une faune timide veille "mais qui lit encore le   maintenant il connaît le merci au printemps des pour qui veut se faire une au commencement était ce jour là, je pouvais nécrologie le pendu des quatre archanges que encore une citation“tu       le j’oublie souvent et       sur       allong chaque jour est un appel, une pour jacqueline moretti, "moi, esclave" a 10 vers la laisse ccxxxii et te voici humanité journée de et si tu dois apprendre à tous feux éteints. des face aux bronzes de miodrag       la pour yves et pierre poher et merle noir  pour deuxième essai de l’autre pluies et bruines, rm : nous sommes en in the country  improbable visage pendu rêves de josué, sur l’erbe verte si est il y a des objets qui ont la mi viene in mentemi quatrième essai de viallat © le château de antoine simon 14       longte (À l’église seul dans la rue je ris la antoine simon 15 vertige. une distance macao grise       " c’est la chair pourtant macles et roulis photo 6 je crie la rue mue douleur écoute, josué, ecrire les couleurs du monde vous n’avez       je ensevelie de silence, s’égarer on inoubliables, les tendresse du mondesi peu de a dix sept ans, je ne savais le ciel est clair au travers bribes en ligne a je reviens sur des pour mes enfants laure et dans les rêves de la à sylvie torna a sorrento ulisse torna 5) triptyque marocain       quand dans le train premier antoine simon 16       maquis j’ai perdu mon avant dernier vers aoi       ( pour frédéric       vu       fourr& ce va et vient entre       force abu zayd me déplait. pas       une       l̵ percey priest lakesur les travail de tissage, dans lorsque martine orsoni       sur références : xavier 1 la confusion des en ceste tere ad estet ja vi.- les amicales aventures       &eacut j’ai ajouté chaque automne les deux ce travail vous est sous l’occupation madame est une ( ce texte a de prime abord, il quel ennui, mortel pour la vie est dans la vie. se       marche dernier vers aoi   on n’est station 5 : comment dernier vers aoi       nuage il semble possible madame porte à pour martin station 7 : as-tu vu judas se       c’est la distance entre dans les carnets a claude b.   comme et c’était dans iloec endreit remeint li os station 1 : judas  la toile couvre les première     du faucon chercher une sorte de quand les mots i.- avaler l’art par le 19 novembre 2013, à la moi cocon moi momie fuseau ce monde est semé       entre f le feu m’a       chaque able comme capable de donner au seuil de l’atelier deux mille ans nous trois (mon souffle au matin à la bonne  zones gardées de à bernadette toulon, samedi 9 à propos des grands   (dans le rita est trois fois humble. merci à la toile de cinquième essai tout       &n li emperere s’est madame est toute       cette douce est la terre aux yeux saluer d’abord les plus premier vers aoi dernier quelque chose une errance de madame dans l’ombre des a grant dulur tendrai puis ne pas négocier ne nos voix certains prétendent     les fleurs du cyclades, iii°       l̵ d’un bout à       au mult est vassal carles de  dernier salut au   un vendredi quatrième essai rares "ah ! mon doux pays, et je vois dans vos errer est notre lot, madame, la liberté de l’être dans le pain brisé son dernier vers aoi       voyage comme un préliminaire la thème principal : v.- les amicales aventures du     chambre il n’était qu’un       apr&eg la légende fleurie est ainsi fut pétrarque dans dans le pays dont je vous       vu dernier vers aoi       alla   marcel  ce qui importe pour cet univers sans un nouvel espace est ouvert  les éditions de accoucher baragouiner       l̵ mise en ligne et ces je ne peins pas avec quoi, onze sous les cercles       l̵ zacinto dove giacque il mio   encore une   est-ce que sauvage et fuyant comme ce qui aide à pénétrer le       la je suis occupé ces antoine simon 2 (de)lecta lucta         sur le tout est possible pour qui       l̵ beaucoup de merveilles autres litanies du saint nom à cri et à une autre approche de dernier vers aoi   il ne reste plus que le   la production se reprendre. creuser son granz est li calz, si se les plus terribles deux nouveauté,       les       un       la "je me tais. pour taire.   anatomie du m et la deuxième édition du pour gilbert abstraction voir figuration       le c’est seulement au pour raphaël antoine simon 18 toujours les lettres : dernier vers aoi même si grant est la plaigne e large le recueil de textes  avec « a la ce la danse de je meurs de soif guetter cette chose constellations et autre petite voix je t’ai admiré,  les trois ensembles     à comme ce mur blanc vous deux, c’est joie et intendo... intendo ! la parol

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MICHEL BUTOR

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Dix regards sur l’atelier désert d’Olivier Debré
© Michel Butor
Artiste(s) : Debré , Baltazar Ecrivain(s) : Butor (site)

pour Julius Baltazar

1
le regard égyptien

  Dans son atelier le peintre regarde. Sa toile d’abord, son modèle quand il en avait un (et avec quelle intensité !), tous les objets qui ont abouti là, plus ou moins choisis, plus ou moins imposés par l’administration, les gens qui passent, la rumeur ; et parfois la peinture est là justement pour le protéger contre cette invasion, ca capharnaüm ; il s’y réfugie. Mais aussi le peintre se sent regardé, car il travaille pour le regard d’autrui qui appréciera plus ou moins, goûtera, jugera, paiera, utilisera. Et ce regard n’est pas seulement futur. Il y a le visiteur, le marchand, l’ami, le critique. Cela interrompt en général le travail, mais aussi l’envahit. Une fois l’importun parti, lequel est parfois respecté, admiré, aimé, pas facile de s’y remettre. On n’est plus seul. Le regard de l’autre demeure, envahit tout. L’examen déborde avant et après. Car il y a aussi hier, l’an passé, le siècle passé, les amis d’autrefois, ceux qui sont morts avant qu’on naisse. Ainsi les peintres qu’on admire, même sans se le dire, même en disant le contraire. Qu’aurait-il pensé en voyant cela ? Les peintres ou tous ceux qui nous ont donné directement ou indirectement quelque chose à regarder. Le regard d’autrui est évoqué, exorcisé, célébré dans l’atelier par des figures, des reproductions ou citations, des fantômes de visages venus parfois de civilisations fantômes patiemment désensablées dans le désert proche du Nil.


2
le regard tourangeau

  Même dans l’atelier parisien la lumière met en jeu d’autres temps, d’autres lieux, ceux de l’enfance en particulier. Cette nuance particulière de gris sur le mur, soulignée par un rayon entre deux nuages, n’était-ce pas celle précisément d’un toit d’ardoises au détour de la rue et du fleuve ? Ce blanc celui de tel château se réveillant au bois, bruissant de souvenirs des satins et sonnets sur le fond monotone de la leçon psalmodiée aux touristes fourbus et ravis que leurs cars attendent sur l’esplanade. Créneaux et machicoulis dessinent leurs grecques dans le plâtre ; les ombres ravivent les échos d’explorations dans les caves et carrières au-dessus des vignes tandis que le soleil se couchait derrière les roseaux d’où s’échappaient des hérons. D’un marécage venait le barrissement d’un butor. Le balancement des arbres vient s’inscrire dans les vitres rectangulaires avec la topaze ou le rubis qui brillait dans les verres à pied dont on faisait tinter le cristal sur la terrasse pour trinquer avec les amis des parents.


3
le regard parisien

  Ils parlent ; ils n’en finissent pas de parler ; ils se brouillent et débrouillent ; ils commentent, ils philosophent, ils paradoxent, ils retournent leurs vestes, ils attaquent, ils insinuent, ils se scandalisent, ils se récrient ; mais en ne les écoutant que d’une oreille, on peut les examiner des deux yeux, admirer le drap de leur veston, la moire de leur cravate, le dégradé de leur coiffure. Le mouchoir qu’ils sortent soudain pour s’éponger ou éternuer, s’ouvre comme une fleur. L‘ombre d’un barreau vient caresser leur main. Voici celle d’une femme avec ses ongles travaillés, exactement la nuance que l’on cherchait depuis si longtemps. Elle déploie sa chevelure en la secouant , et c’est le vent de la plage qui entre soudain avec le cri des mouettes. Quand ils s’en vont, on les suit dans le vestibule, on les imagine dans les rues, dans les galeries, dans leurs appartements où certains ont des tableaux dont ils parlent, dans les cocktails ou les dîners avec vedettes, ministres, ambassadeurs, dignitaires ecclésiastiques, et même des peintres. On peut prendre des vacances ; on peut voyager ; on est tellement sûr qu’on les retrouvera, les mêmes individus ou leurs sosies, avec les mêmes gestes, les mêmes voix, le même vocabulaire qui évolue lentement d’une année à l’autre, chez certains un peu plus vite, les lanceurs de modes ; et tout cela forme une musique exquise quand on réussit à prendre une distance suffisante pour l’écouter, un peu comme celle de la pluie.


4
le regard norvégien

  Les toiles tendues sur leurs châssis, appuyées sur les murs, puis l’une sur l’autre avec une pente qui s’accentue et qu’il faut toujours redresser, corriger, sous peine d’écroulement, donc d’engorgement, d’embouteillage, d’impossibilité de plus circuler dans les canaux de l’atelier, les fjords réservés, les toiles font descendre jusque dans notre plaine les escarpements et les éboulis, les forêts quasi-verticales qui se terminent en nappes de prairies, cascades et lacs sous les pieds des églises et des maisons de bois. Les baguettes s’épaississent en poutres ; la moindre ondée de l’autre côté du vitrage s’amplifie en orages, et le courant d’air en tempête. Quand la peinture glisse et coule sur le grain du tissu préparé, le pinceau se met à crisser comme une paire de skis sur la neige fraîche. Quelle liberté alors, quelle maîtrise de ses mouvements jamais expérimentée lors des quelques essais sportifs ! Le saut, l’acrobatie, la virevolte ; et l’on remonte de l’autre côté pour se répandre, neige soi-même, aiguilles et nuages, marée soi-même, haletant douloureusement, victorieusement dans les tuyaux de givre et les halos du soleil de minuit.


5
le regard chinois

  L’armée qui sort de terre ; piétons ou cavaliers en morceaux d’abord, puis patiemment reconstitués, redressés ; l’armée qui donne l’impression de sortir d’un tunnel et qu’elle pourait soudain secouer sa poussière pour escalader les murs de ses fosses et crier sa hargne contre la creuse immortalité qui lui avait été promise, contre l’empereur fou avec ses idées de grande muraille ; l’armée implacablement scandant ses idéogrammes en quelques gestes accusateurs et qui change soudain de costume et d’époque ; l’armée soudain devient troupe innombrable d’acrobates, chanteurs et danseurs, faisant tournoyer épées et bâtons, jonglant avec bols, baguettes ou crânes, frôlant rideaux et bannières, les entraînant en tournoiements et drapés tandis qu’entre ses colonnes sur son piédestal à pétales de lotus, le Deux fois né venu du Sud, le Tout heureux, le Revenu de toute déception, répand dans l’or et l’encens sur la foule qui ne sait plus du tout où l’a menée sa longue marche, un sourire inépuisablement compatissant.


6
le regard japonais

  Il y a un moment où il faut retourner la toile. Soit qu’on ne sait plus comment s’en tirer ; il faut donc la laisser reposer, déposer, en espérant que les choses s’éclairciront, qu’une idée viendra, une issue. Soit au contraire qu’on a l’impression que ça y est ; on a réussi, l’oeuvre est faite ; ce dont on se méfie toujours, et donc il faut la mettre en quelque sorte en pénitence ou purgatoire, en attente d’un jugement plus rassis. De toute façon il faut dégager le terrain. Même si l’on travaille sur plusieurs chevalets à la fois, sur plusieurs tables ou plusieurs régions du sol, parquet ou lino, il faut diminuer un peu la perturbation, la résonance. Aussi quand on va chez un peintre, en général on ne voit au début que les dos des toiles, à quelques exceptions près qui seront inéluctablement recouvertes par la suite dans le long et souvent périlleux exercice du retournement. Donc la toile sans peinture, même sans apprêt, avec sa poussière et son grain, dans le cadre de son châssis, un anticadre en quelque sorte, est comme un rectangle de sable ratissé entre des passerelles de bois, écran sur lequel des signes s’installent comme des rochers ou des statues le long desquels des moines couleur de miel , devant paravents et panneaux à glissière, poursuivent leur interrogation méditative.


7
le regard africain

  La savane le soir avec les espèces, chacune à son tour, qui viennent boire au point d’eau, avec les hommes qui observent tout ce rassemblement attendant la dispersion crépusculaire, les hommes enfoncés dans le paysage, lui appartenant malgré leurs costumes nouveaux, leurs chapeaux et chaussures ; les hommes qui depuis toujours marchent, sautent et courent avec des lances et des bâtons, à la recherche de viande pour la famille, de peaux et d’ivoire pour les européens qui s’installent -on dira bientôt les occidentaux-, qui gagnent comme une moisissure. Des hommes aussi semble-t-il, mais qui se comportent comme s’ils étaient d’une espèce différente, conquérant, colonisant, évangélisant, enseignant, civilisant, urbanisant, ces occidentaux qui occupent de plus en plus de terrain, traçant leurs routes, déplaçant les villages, rasant les forêts, creusant des mines, aménageant des aéroports. Certains parfois sont pris dans le piège de ce continent ; leurs yeux d’occidentaux, même s’ils sont bleus, se chargent d’un autre vent, d’une autre boue, même d’une autre langue. Mais, pour la plupart, ils glissent, dans leur agitation nostalgique, tels des planches à voile sur les nappes vertes et ocre, planent, tel des parapentes sur les dunes lisses comme des champs de neige, ondulent sur les vagues de poussière et de sueur, s’efforçant d’amasser pécule ou collection, attendant le retour vers le seul pays qu’ils considèrent comme réel.


8
le regard américain

  Le secrétariat, l’administration, la gestion : comptabilité, taxes, pourcentages, valeurs d’assurance, estimations, cotes, résultats au dernier passage en salle des ventes. Après le grincement de la plume, le crépitement de la dactylographie, le crissement de la télécopieuse, le sussurement de l’ordinateur transmettant des messages transatlantiques avec bilans, factures, déclarations pour les autorités compétentes, avalanches de chiffres et de réglementations. Cinquième avenue, Greenwich village, Soho, Wall street. Mais il y a aussi les grands voiliers d’autrefois, clippers ou baleiniers à la poursuite de Moby Dick, les broches des autoroutes épinglant le paysage dans la fumée des barbecues et les gerbes d’étincelles projetées par les motocyclettes sauteuses, les églises blanches, les érables en automne, les cardinaux de Virginie, les trains fabuleux, les aigles chauves, les lacs, les essaims d’avions longs-courriers tournoyant au-dessus des pistes en attendant le feu vert de la tour de contrôle, les grands silos jusqu’aux montagnes rocheuses avec les hauts plateaux, le désert peint, la forêt pétrifiée, les canyons, les arbres immenses, la vue sur le Pacifique, les quartiers à gratte-ciels semblables à ces agglomérations de cactus cierges, le passage d’une heure à l’autre en changeant d’état, et l’idée qu’on peut encore crever la frontière et prendre le large.


9
 le regard précolombien

  Au sommet des pyramides de livres qui ressemblent à des bûchers préparés pour une sinistre fête à ruissellement de sang, l’émergence à jamais d’une idole évanescente tout autre, incomparablement généreuse, qui fait éclore des milliers de fleurs, de bulles de protochampagne ou de pulque, de parapluies ou parasols, tounesols tournoyant dans la tornade et l’arc-en-ciel. Visage déterré dans quelque fouille par une savante équipe universitaire, mais c’est comme si son sourire avait émergé à travers des années de peaux de plus en plus tannées, à travers le masque de ce paysan croisé seigneurial sur une route au Guatémala, parmi ces bouquets d’agaves, ou de ce mendiant proposant balais et crayons sur le trottoir de quelque faubourg à ambassades et touristes, zone rose au milieu des océans de tôles et parpaings, quémandant l’indispensable aumône, puisque tout le monde s’est déglingué. Le sourire à travers le masque de l’idole mendiante revendiquant à la fois l’antériorité, la continuité linguistique, l’expertise du malheur, l’ouverture sur des paradis d’obscurités chatoyantes, la lumière d’enfers défrichés.


10
 le regard sous-marin

  La scène de l’immense opéra lointain ; ou sa maquette dans l’atelier, ses multiples maquettes pour pouvoir nager d’essai en essai, légères, maniables ; ou l’atelier lui-même de taille intermédiaire entre ces deux extrêmes, maquette lui aussi, contenant les autres qui s’y déplacent, scène aussi, mimant la grande au-delà des mers ou déserts ; tout cela conçu comme un aquarium avec oxygénation, circulation, éclairages. C’est qu’il y faudra pouvoir au mieux chanter et danser dans les flots des regards, incarner héros et dieux dans tous leurs avatars et révélations, même les plus dérisoires, détailler les récitatifs, lancer les arias, reprendre en choeur, dialoguer avec les instruments, animer les décors, transfigurer les costumes et les accessoires, faire exploser l’amour, la vengeance, la découverte, tonner, supplier, charmer, déchiffrer, brûler sous les applaudissements ou le silence du public paralysé par l’émotion. Les poissons passent et repassent, leurs écailles devenant cuirasses, leurs nageoires des voiles et des ailes, leurs attroupements des mouvements de foule, leurs virages des glissements d’un règne à l’autre, d’une dynastie à l’autre, d’un régime à l’autre, dans les rotations des cultures et des astres, emportés par les courants et les marées du ciel.

P.-S.

Espaces / Butor

Publication en ligne : 16 février 2009

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