BRIBES EN LIGNE
je suis bien dans i en voyant la masse aux       quinze pour michèle traquer le 23 février 1988, il pour anne slacik ecrire est       ce       je moisissures mousses lichens o tendresses ô mes deux mille ans nous neuf j’implore en vain i.- avaler l’art par À peine jetés dans le "moi, esclave" a ce qui fascine chez pour maguy giraud et autre essai d’un       sur       apr&eg histoire de signes . grant est la plaigne e large ce texte m’a été moi cocon moi momie fuseau bernard dejonghe... depuis  les œuvres de il en est des meurtrières.       le suite de un titre : il infuse sa très saintes litanies quai des chargeurs de la musique est le parfum de il n’est pire enfer que       une pur ceste espee ai dulor e mouans sartoux. traverse de à la mémoire de temps de cendre de deuil de langues de plomba la l’illusion d’une à la bonne  dans toutes les rues antoine simon 31      & vous deux, c’est joie et et je vois dans vos       " « pouvez-vous je déambule et suis       allong les plus vieilles ce qui fait tableau : ce au labyrinthe des pleursils si elle est belle ? je       la toi, mésange à pour frédéric     sur la pente   adagio   je       sur sept (forces cachées qui j’entends sonner les dorothée vint au monde  c’était quand vous serez tout dernier vers aoi  “ne pas madame est toute quand c’est le vent qui attelage ii est une œuvre "la musique, c’est le       chaque je ne peins pas avec quoi,       jonath       é préparation des à bernadette     chant de on dit qu’agathe cinquième essai tout carissimo ulisse,torna a des quatre archanges que ce qui aide à pénétrer le   un vendredi       ma ensevelie de silence, mais jamais on ne 1) la plupart de ces dans les hautes herbes 1 au retour au moment  mise en ligne du texte   que signifie dernier vers aoi un besoin de couper comme de 1. il se trouve que je suis outre la poursuite de la mise       nuage même si       la a claude b.   comme       force couleur qui ne masque pas je découvre avant toi       un nice, le 30 juin 2000       pass&e antoine simon 20 station 1 : judas antoine simon 21 archipel shopping, la une errance de       sous pour angelo   est-ce que       voyage       dans antoine simon 2 macles et roulis photo 4 ce jour-là il lui   jn 2,1-12 : j’ai relu daniel biga,  pour jean le "et bien, voilà..." dit f le feu m’a pour michèle aueret normalement, la rubrique démodocos... Ça a bien un poussées par les vagues     à quelque chose "tu sais ce que c’est       baie  hier, 17     une abeille de je ne sais pas si       le     surgi 0 false 21 18   1) cette c’est une sorte de       dans il n’y a pas de plus pour lee me       &agrav       " la communication est le corps encaisse comme il dernier vers aoi et nous n’avons rien pour julius baltazar 1 le       sur dernier vers aoi equitable un besoin sonnerait et ma foi,  il est des objets sur pas une année sans évoquer les grands ici. les oiseaux y ont fait antoine simon 25       ...mai marie-hélène       en un       fourr& clers fut li jurz e li pour pluies et bruines, d’un bout à       dans       coude il en est des noms comme du       je mise en ligne d’un vous êtes madame, vous débusquez c’est parfois un pays     les fleurs du deuxième apparition     "       maquis je dors d’un sommeil de percey priest lakesur les je ne saurais dire avec assez que d’heures après la lecture de il ne sait rien qui ne va       bruyan entr’els nen at ne pui de soie les draps, de soie "mais qui lit encore le je t’enfourche ma passent .x. portes, l’existence n’est ce va et vient entre voile de nuità la       au et que dire de la grâce rien n’est plus ardu       sur dont les secrets… à quoi   nous sommes vertige. une distance raphaël   né le 7 merci au printemps des carles li reis en ad prise sa ma chair n’est le lent tricotage du paysage       au une fois entré dans la fontelucco, 6 juillet 2000 dix l’espace ouvert au       la f dans le sourd chatoiement 13) polynésie le soleil n’est pas etudiant à r.m.a toi le don des cris qui au rayon des surgelés art jonction semble enfin       magnol m1       janvier 2002 .traverse le lent déferlement du bibelot au babilencore une pas sur coussin d’air mais tes chaussures au bas de la poésie, à la cinquième citationne rossignolet tu la vedo la luna vedo le       au   pour adèle et epuisement de la salle,       et tu journée de       voyage premier vers aoi dernier …presque vingt ans plus chaque jour est un appel, une antoine simon 16 a la libération, les     l’é   anatomie du m et     le cygne sur certains soirs, quand je six de l’espace urbain, preambule – ut pictura max charvolen, martin miguel  de la trajectoire de ce pour nicolas lavarenne ma c’est pour moi le premier nécrologie    nous on préparait et tout avait un nouvel espace est ouvert bientôt, aucune amarre le travail de bernard abu zayd me déplait. pas ecrire sur l’impossible elle réalise des printemps breton, printemps       en  référencem un soir à paris au hans freibach : la route de la soie, à pied,   la production non... non... je vous assure, avant propos la peinture est       le la liberté de l’être       &ccedi un trait gris sur la arbre épanoui au ciel il avait accepté       entre elle ose à peine si, il y a longtemps, les antoine simon 26 bernadette griot vient de ce qu’un paysage peut   pour le prochain   d’un coté, paien sunt morz, alquant temps de bitume en fusion sur petit matin frais. je te paysage de ta tombe  et l’erbe del camp, ki spectacle de josué dit     dans la ruela le lourd travail des meules       l̵ je t’enlace gargouille    si tout au long       le violette cachéeton dans le patriote du 16 mars beaucoup de merveilles josué avait un rythme noble folie de josué,       dans attendre. mot terrible.       pourqu       assis ainsi fut pétrarque dans qu’est-ce qui est en cliquetis obscène des constellations et encore une citation“tu toulon, samedi 9  les premières et  riche de mes pour jacky coville guetteurs merci à marc alpozzo dernier vers aoi   0 false 21 18 derniers dernier vers aoi       banlie       la chercher une sorte de ouverture d’une       la pie dans l’innocence des       gentil diaphane est le  hors du corps pas pour mon épouse nicole       retour dans le monde de cette       le quando me ne so itu pe la fraîcheur et la li emperere par sa grant sculpter l’air : effleurer le ciel du bout des dernier vers aoi avec marc, nous avons il pleut. j’ai vu la f le feu est venu,ardeur des le scribe ne retient       pass&e "pour tes carles respunt : dernier vers aoi la fonction,       " quelques autres deux nouveauté, le 15 mai, à l’évidence attendre. mot terrible. pour max charvolen 1) samuelchapitre 16, versets 1 l’instant criblé de prime abord, il       fleure       "       m&eacu       sur       rampan       pass&e les amants se (ô fleur de courge...       apr&eg ço dist li reis : sur l’erbe verte si est   iv    vers       au nice, le 18 novembre 2004       entre  tous ces chardonnerets       va pour qui veut se faire une l’une des dernières f le feu s’est     extraire rien n’est  improbable visage pendu       la       &agrav   saint paul trois   tout est toujours en du fond des cours et des pour martine macles et roulis photo 3 la chaude caresse de pour jean marie carcassonne, le 06 la parol

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MICHEL BUTOR

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Dix regards sur l’atelier désert d’Olivier Debré
© Michel Butor
Artiste(s) : Debré , Baltazar Ecrivain(s) : Butor (site)

pour Julius Baltazar

1
le regard égyptien

  Dans son atelier le peintre regarde. Sa toile d’abord, son modèle quand il en avait un (et avec quelle intensité !), tous les objets qui ont abouti là, plus ou moins choisis, plus ou moins imposés par l’administration, les gens qui passent, la rumeur ; et parfois la peinture est là justement pour le protéger contre cette invasion, ca capharnaüm ; il s’y réfugie. Mais aussi le peintre se sent regardé, car il travaille pour le regard d’autrui qui appréciera plus ou moins, goûtera, jugera, paiera, utilisera. Et ce regard n’est pas seulement futur. Il y a le visiteur, le marchand, l’ami, le critique. Cela interrompt en général le travail, mais aussi l’envahit. Une fois l’importun parti, lequel est parfois respecté, admiré, aimé, pas facile de s’y remettre. On n’est plus seul. Le regard de l’autre demeure, envahit tout. L’examen déborde avant et après. Car il y a aussi hier, l’an passé, le siècle passé, les amis d’autrefois, ceux qui sont morts avant qu’on naisse. Ainsi les peintres qu’on admire, même sans se le dire, même en disant le contraire. Qu’aurait-il pensé en voyant cela ? Les peintres ou tous ceux qui nous ont donné directement ou indirectement quelque chose à regarder. Le regard d’autrui est évoqué, exorcisé, célébré dans l’atelier par des figures, des reproductions ou citations, des fantômes de visages venus parfois de civilisations fantômes patiemment désensablées dans le désert proche du Nil.


2
le regard tourangeau

  Même dans l’atelier parisien la lumière met en jeu d’autres temps, d’autres lieux, ceux de l’enfance en particulier. Cette nuance particulière de gris sur le mur, soulignée par un rayon entre deux nuages, n’était-ce pas celle précisément d’un toit d’ardoises au détour de la rue et du fleuve ? Ce blanc celui de tel château se réveillant au bois, bruissant de souvenirs des satins et sonnets sur le fond monotone de la leçon psalmodiée aux touristes fourbus et ravis que leurs cars attendent sur l’esplanade. Créneaux et machicoulis dessinent leurs grecques dans le plâtre ; les ombres ravivent les échos d’explorations dans les caves et carrières au-dessus des vignes tandis que le soleil se couchait derrière les roseaux d’où s’échappaient des hérons. D’un marécage venait le barrissement d’un butor. Le balancement des arbres vient s’inscrire dans les vitres rectangulaires avec la topaze ou le rubis qui brillait dans les verres à pied dont on faisait tinter le cristal sur la terrasse pour trinquer avec les amis des parents.


3
le regard parisien

  Ils parlent ; ils n’en finissent pas de parler ; ils se brouillent et débrouillent ; ils commentent, ils philosophent, ils paradoxent, ils retournent leurs vestes, ils attaquent, ils insinuent, ils se scandalisent, ils se récrient ; mais en ne les écoutant que d’une oreille, on peut les examiner des deux yeux, admirer le drap de leur veston, la moire de leur cravate, le dégradé de leur coiffure. Le mouchoir qu’ils sortent soudain pour s’éponger ou éternuer, s’ouvre comme une fleur. L‘ombre d’un barreau vient caresser leur main. Voici celle d’une femme avec ses ongles travaillés, exactement la nuance que l’on cherchait depuis si longtemps. Elle déploie sa chevelure en la secouant , et c’est le vent de la plage qui entre soudain avec le cri des mouettes. Quand ils s’en vont, on les suit dans le vestibule, on les imagine dans les rues, dans les galeries, dans leurs appartements où certains ont des tableaux dont ils parlent, dans les cocktails ou les dîners avec vedettes, ministres, ambassadeurs, dignitaires ecclésiastiques, et même des peintres. On peut prendre des vacances ; on peut voyager ; on est tellement sûr qu’on les retrouvera, les mêmes individus ou leurs sosies, avec les mêmes gestes, les mêmes voix, le même vocabulaire qui évolue lentement d’une année à l’autre, chez certains un peu plus vite, les lanceurs de modes ; et tout cela forme une musique exquise quand on réussit à prendre une distance suffisante pour l’écouter, un peu comme celle de la pluie.


4
le regard norvégien

  Les toiles tendues sur leurs châssis, appuyées sur les murs, puis l’une sur l’autre avec une pente qui s’accentue et qu’il faut toujours redresser, corriger, sous peine d’écroulement, donc d’engorgement, d’embouteillage, d’impossibilité de plus circuler dans les canaux de l’atelier, les fjords réservés, les toiles font descendre jusque dans notre plaine les escarpements et les éboulis, les forêts quasi-verticales qui se terminent en nappes de prairies, cascades et lacs sous les pieds des églises et des maisons de bois. Les baguettes s’épaississent en poutres ; la moindre ondée de l’autre côté du vitrage s’amplifie en orages, et le courant d’air en tempête. Quand la peinture glisse et coule sur le grain du tissu préparé, le pinceau se met à crisser comme une paire de skis sur la neige fraîche. Quelle liberté alors, quelle maîtrise de ses mouvements jamais expérimentée lors des quelques essais sportifs ! Le saut, l’acrobatie, la virevolte ; et l’on remonte de l’autre côté pour se répandre, neige soi-même, aiguilles et nuages, marée soi-même, haletant douloureusement, victorieusement dans les tuyaux de givre et les halos du soleil de minuit.


5
le regard chinois

  L’armée qui sort de terre ; piétons ou cavaliers en morceaux d’abord, puis patiemment reconstitués, redressés ; l’armée qui donne l’impression de sortir d’un tunnel et qu’elle pourait soudain secouer sa poussière pour escalader les murs de ses fosses et crier sa hargne contre la creuse immortalité qui lui avait été promise, contre l’empereur fou avec ses idées de grande muraille ; l’armée implacablement scandant ses idéogrammes en quelques gestes accusateurs et qui change soudain de costume et d’époque ; l’armée soudain devient troupe innombrable d’acrobates, chanteurs et danseurs, faisant tournoyer épées et bâtons, jonglant avec bols, baguettes ou crânes, frôlant rideaux et bannières, les entraînant en tournoiements et drapés tandis qu’entre ses colonnes sur son piédestal à pétales de lotus, le Deux fois né venu du Sud, le Tout heureux, le Revenu de toute déception, répand dans l’or et l’encens sur la foule qui ne sait plus du tout où l’a menée sa longue marche, un sourire inépuisablement compatissant.


6
le regard japonais

  Il y a un moment où il faut retourner la toile. Soit qu’on ne sait plus comment s’en tirer ; il faut donc la laisser reposer, déposer, en espérant que les choses s’éclairciront, qu’une idée viendra, une issue. Soit au contraire qu’on a l’impression que ça y est ; on a réussi, l’oeuvre est faite ; ce dont on se méfie toujours, et donc il faut la mettre en quelque sorte en pénitence ou purgatoire, en attente d’un jugement plus rassis. De toute façon il faut dégager le terrain. Même si l’on travaille sur plusieurs chevalets à la fois, sur plusieurs tables ou plusieurs régions du sol, parquet ou lino, il faut diminuer un peu la perturbation, la résonance. Aussi quand on va chez un peintre, en général on ne voit au début que les dos des toiles, à quelques exceptions près qui seront inéluctablement recouvertes par la suite dans le long et souvent périlleux exercice du retournement. Donc la toile sans peinture, même sans apprêt, avec sa poussière et son grain, dans le cadre de son châssis, un anticadre en quelque sorte, est comme un rectangle de sable ratissé entre des passerelles de bois, écran sur lequel des signes s’installent comme des rochers ou des statues le long desquels des moines couleur de miel , devant paravents et panneaux à glissière, poursuivent leur interrogation méditative.


7
le regard africain

  La savane le soir avec les espèces, chacune à son tour, qui viennent boire au point d’eau, avec les hommes qui observent tout ce rassemblement attendant la dispersion crépusculaire, les hommes enfoncés dans le paysage, lui appartenant malgré leurs costumes nouveaux, leurs chapeaux et chaussures ; les hommes qui depuis toujours marchent, sautent et courent avec des lances et des bâtons, à la recherche de viande pour la famille, de peaux et d’ivoire pour les européens qui s’installent -on dira bientôt les occidentaux-, qui gagnent comme une moisissure. Des hommes aussi semble-t-il, mais qui se comportent comme s’ils étaient d’une espèce différente, conquérant, colonisant, évangélisant, enseignant, civilisant, urbanisant, ces occidentaux qui occupent de plus en plus de terrain, traçant leurs routes, déplaçant les villages, rasant les forêts, creusant des mines, aménageant des aéroports. Certains parfois sont pris dans le piège de ce continent ; leurs yeux d’occidentaux, même s’ils sont bleus, se chargent d’un autre vent, d’une autre boue, même d’une autre langue. Mais, pour la plupart, ils glissent, dans leur agitation nostalgique, tels des planches à voile sur les nappes vertes et ocre, planent, tel des parapentes sur les dunes lisses comme des champs de neige, ondulent sur les vagues de poussière et de sueur, s’efforçant d’amasser pécule ou collection, attendant le retour vers le seul pays qu’ils considèrent comme réel.


8
le regard américain

  Le secrétariat, l’administration, la gestion : comptabilité, taxes, pourcentages, valeurs d’assurance, estimations, cotes, résultats au dernier passage en salle des ventes. Après le grincement de la plume, le crépitement de la dactylographie, le crissement de la télécopieuse, le sussurement de l’ordinateur transmettant des messages transatlantiques avec bilans, factures, déclarations pour les autorités compétentes, avalanches de chiffres et de réglementations. Cinquième avenue, Greenwich village, Soho, Wall street. Mais il y a aussi les grands voiliers d’autrefois, clippers ou baleiniers à la poursuite de Moby Dick, les broches des autoroutes épinglant le paysage dans la fumée des barbecues et les gerbes d’étincelles projetées par les motocyclettes sauteuses, les églises blanches, les érables en automne, les cardinaux de Virginie, les trains fabuleux, les aigles chauves, les lacs, les essaims d’avions longs-courriers tournoyant au-dessus des pistes en attendant le feu vert de la tour de contrôle, les grands silos jusqu’aux montagnes rocheuses avec les hauts plateaux, le désert peint, la forêt pétrifiée, les canyons, les arbres immenses, la vue sur le Pacifique, les quartiers à gratte-ciels semblables à ces agglomérations de cactus cierges, le passage d’une heure à l’autre en changeant d’état, et l’idée qu’on peut encore crever la frontière et prendre le large.


9
 le regard précolombien

  Au sommet des pyramides de livres qui ressemblent à des bûchers préparés pour une sinistre fête à ruissellement de sang, l’émergence à jamais d’une idole évanescente tout autre, incomparablement généreuse, qui fait éclore des milliers de fleurs, de bulles de protochampagne ou de pulque, de parapluies ou parasols, tounesols tournoyant dans la tornade et l’arc-en-ciel. Visage déterré dans quelque fouille par une savante équipe universitaire, mais c’est comme si son sourire avait émergé à travers des années de peaux de plus en plus tannées, à travers le masque de ce paysan croisé seigneurial sur une route au Guatémala, parmi ces bouquets d’agaves, ou de ce mendiant proposant balais et crayons sur le trottoir de quelque faubourg à ambassades et touristes, zone rose au milieu des océans de tôles et parpaings, quémandant l’indispensable aumône, puisque tout le monde s’est déglingué. Le sourire à travers le masque de l’idole mendiante revendiquant à la fois l’antériorité, la continuité linguistique, l’expertise du malheur, l’ouverture sur des paradis d’obscurités chatoyantes, la lumière d’enfers défrichés.


10
 le regard sous-marin

  La scène de l’immense opéra lointain ; ou sa maquette dans l’atelier, ses multiples maquettes pour pouvoir nager d’essai en essai, légères, maniables ; ou l’atelier lui-même de taille intermédiaire entre ces deux extrêmes, maquette lui aussi, contenant les autres qui s’y déplacent, scène aussi, mimant la grande au-delà des mers ou déserts ; tout cela conçu comme un aquarium avec oxygénation, circulation, éclairages. C’est qu’il y faudra pouvoir au mieux chanter et danser dans les flots des regards, incarner héros et dieux dans tous leurs avatars et révélations, même les plus dérisoires, détailler les récitatifs, lancer les arias, reprendre en choeur, dialoguer avec les instruments, animer les décors, transfigurer les costumes et les accessoires, faire exploser l’amour, la vengeance, la découverte, tonner, supplier, charmer, déchiffrer, brûler sous les applaudissements ou le silence du public paralysé par l’émotion. Les poissons passent et repassent, leurs écailles devenant cuirasses, leurs nageoires des voiles et des ailes, leurs attroupements des mouvements de foule, leurs virages des glissements d’un règne à l’autre, d’une dynastie à l’autre, d’un régime à l’autre, dans les rotations des cultures et des astres, emportés par les courants et les marées du ciel.

P.-S.

Espaces / Butor

Publication en ligne : 16 février 2009

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