Accueil > Les rossignols du crocheteur > PAGÈS Bernard > 2007 Bernard Pagès, le magnifique
RAPHAËL MONTICELLI
Ce texte rend compte d’une exposition de Bernard Pagès en 2007. Il est composé à partir de fragments librement revus et corrigés d’une conférence donnée au musée Puech - Rodez.
HISTORIQUE DE QUELQUES PROBLÉMATIQUES
Ce qui bouge, alors, dans l’art, en France, et dans la région niçoise, ce qui fait question, c’est la mise en cause des données habituelles de la peinture, et plus généralement des arts… C’est à une approche critique des modes de fonctionnement de l’art, comme de l’ensemble des pratiques sociales, que l’on se livre alors. Dans l’art est visée, par exemple, l’esthétique des abstractions que l’on regroupe sous le nom d’Ecole de Paris. Ce qui se lève, c’est une esthétique qui refuse les illusions, les artifices, le pathos habituels. Ce qui est prégnant, à Nice, en 1965, c’est le nouveau réalisme d’un Arman, la démarche déjà mythique d’un Klein… C’est l’activité d’un groupe Fluxus dont Ben est un agitateur permanent. C’est, ensuite, l’intérêt pour des démarches qui reviennent aux problèmes de l’art pour les traiter de l’intérieur… C’est alors qu’apparaissent les premières œuvres d’un Buren par exemple, ou d’un Mosset. C’est alors que se forme une esthétique du retour aux moyens de la peinture et d’une approche analytique et critique qui devait donner, pendant une dizaine d’années, parmi de nombreux autres groupes d’artistes, le groupe Support-Surface dans lequel il est habituel de ranger Bernard Pagès…
Il faut insister sur ces problématiques que rencontre alors Bernard Pagès, à Nice, auprès de Viallat, Saytour, Alocco, Dolla, Dezeuze et d’autres… Il faut aussi rappeler que, dans ces mêmes années, en Italie, se constitue l’esthétique de l’Arte Povera, qui n’est pas sans rapport avec ces questions, et avec laquelle Bernard Pagès entamera un dialogue qu’il poursuit encore aujourd’hui.
Pour comprendre que de jeunes artistes veuillent approcher l’art non pour et par des raisons qui tiennent d’abord à l’expression, à la création, à la production, mais par une approche analytique et critique, il faut se situer dans les interrogations générales de l’époque. Il s’agissait de comprendre pour agir et transformer. Il s’agissait, dans ces avant-gardes, de comprendre les fonctionnements de l’art, de transférer dans l’art les interrogations et les démarches des sciences humaines. Les artistes sont alors sensibles aux réflexions de Derrida, de Deleuze ou Foucault, ils écoutent Barthes, Althusser et Lacan, sont attentifs aux recherches de Le Goff. La période était à la réflexion sur la « déconstruction » de l’art, à l’approche de ses « éléments constitutifs »
Pour quelques-uns de ces jeunes artistes, l’approche analytique et critique a rempli le rôle d’une université d’un genre nouveau. Lorsqu’on considère que la peinture est le résultat d’une combinatoire d’éléments signifiants, on s’en va chercher ces éléments, et l’on découvre la toile, le châssis, le pigment… On découvre aussi, de façon nouvelle, les procédés, procédures et pratiques de la peinture, non pas comme savoir-faire hérités d’une tradition et qu’il y aurait lieu de suivre et de maintenir, mais comme données historiques, inscrites dans les possibilités et les démarches d’une époque, et qu’il y a lieu de reprendre et d’interroger…
Il faut se figurer le jeune Pagès dans ce contexte. Lui qui, depuis sa découverte de Brancusi, sait que son secteur de travail sera la sculpture et non la peinture, et qui s’affirme, avec Toni Grant, comme l’un des très rares sculpteurs aussi bien dans le groupe Supports-Surfaces que dans le mouvement « analytique-critique ». Il faut l’imaginer interrogeant notre conscience du volume, naissant de notre relation avec les espaces et les objets, et les rencontres entre objets dans un espace donné…
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