Accueil > Les rossignols du crocheteur > PAGÈS Bernard > 2007 Bernard Pagès, le magnifique
RAPHAËL MONTICELLI
Ce texte rend compte d’une exposition de Bernard Pagès en 2007. Il est composé à partir de fragments librement revus et corrigés d’une conférence donnée au musée Puech - Rodez.
L’EPOQUE EXPÉRIMENTALE
Des années 60 au milieu des années 70, tout en participant à des expositions collectives, notamment quelques unes sous le sigle Supports-Surfaces, Pagès se lance dans un travail absolu, têtu : il explore systématiquement ce qu’il a repéré comme « éléments constitutifs » et les modes d’association de ces éléments : un tas de bois, des briques, un tuyau d’arrosage, des fils de fer… Il demande raison à la terre, lui confie des papiers et des grillages ; il les enterre et explore ce travail du temps, de la terre et de la rouille. Il effectue des centaines d’exercices de torsion de fils de fer, qu’il répertorie, observe, étudie, il les présente en grands tableaux-répertoires qui rappellent les tableaux de repérage, de classement et d’exposition de toute science.
Il travaille à l’assemblage de bouts de branches ; assemblages de toutes sortes : papiers adhésifs, clouage, vissage, chevillage, ficelage… Ce n’est déjà pas la seule variété des matériaux qui l’intéresse, mais bien la question de l’assemblage. A la même époque, un peintre comme Viallat étudie systématiquement la question du nouage et les qualités plastiques que le nouage recèle, Miguel s’intéresse aux marquages empreints lors du déploiement d’un volume sur une surface, Charvolen développe une toile par découpe et mise en espace, et Dolla explore les effets induits par le traitement différencié sur une toile du pigment et du liant…
Cette période s’achève en 1974, quand Bernard Pagès présente ces séries d’assemblages au musée de Saint Etienne, puis à la galerie Fabre et à la Biennale de Paris de 75 …
En même temps que se lève une esthétique nouvelle, surgit une attention inédite pour un élémentaire des objets et des gestes ; les démarches de la sociologie, de l’anthropologie, de l’ethnologie, de l’archéologie ne sont pas loin… Il y a, dans les recherche artistiques de cette époque, moins l’écho des sciences humaines que le traitement par les arts des problèmes que les sciences humaines traitent à leur façon : en quoi les élémentaires sont-ils importants, qu’est-ce qui fait « tenir » un assemblage, comment l’homme/l’individu est-il présent/absent de ses propres productions… En quoi un individu est-il déterminé/libre par rapport aux pratiques auxquelles il s’adonne ?
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