Accueil > Les rossignols du crocheteur > HÉLÉNON Serge > Serge Hélénon : seuils, portes et passages
RAPHAËL MONTICELLI
Communication faite le 21 Mars 2012, à l’auditorium de Villefranche sur mer (06) à l’occasion de l’exposition des oeuvres de Serge Hélénon
Revenons au collage.
Le collage apparaît en France en 1912 dans l’atelier de Picasso... Aussitôt deux autres idées s’imposent à moi : Picasso est l’un des découvreurs européens de ce que l’on a appelé « l’art primitif » ou encore « l’art nègre », et il arrive que l’on établisse un rapport entre cette découverte et l’usage du collage, comme on dit qu’il y en a un avec la mise en place de l’esthétique cubiste... Deuxième idée, le collage, avant la guerre de 14, ça n’est pas seulement la peinture, c’est aussi la littérature... Ce sont, par exemple, les poèmes conversations d’Apollinaire. Et en peinture, le collage c’est, pour reprendre l’expression d’Apollinaire, « des bouts de papier ». Ce que l’on colle d’abord, ce sont des papiers peints, des journaux, des partitions, des tickets de métro... Et on les colle sur une toile tendue sur châssis. Nous voyons bien que si Hélénon pratique le collage, ce n’est pas du tout de cette manière : il ne récupère pas le même type d’objets, il ne colle pas les objets sur une toile. Il construit des objets particuliers, des espaces plastiques, avec des objets, dans la lignée de Marcel Duchamp... Au détour des textes consacrés à Serge Hélénon, on trouve un terme qui est de lui et qui convient parfaitement à cette pratique : Hélénon construit des « lieux de peinture »...
Hélénon n’est pas le seul à récupérer des objets et à les assembler pour faire de la peinture. On pourrait dire même que, depuis cent ans, l’une des procédures les plus répandues de la peinture, c’est de récupérer, coller, assembler...
Nous avons tous vu ça... La forme la plus répandue consiste à récupérer des rebuts et les assembler pour produire des formes reconnaissables... Depuis les surréalistes, la technique a fait beaucoup de petits... Mais nous voyons bien que l’objectif d’Hélénon n’est pas d’assembler des rebuts connus pour faire des images connues plus ou moins inattendues...
Le collage a été très pratiqué par les surréalistes... Peintres ou écrivains... Association insolite d’images, comme, par exemple, le fit magnifiquement Ernst... Mais on voit bien encore que ce n’est pas le sens dans lequel travaille Serge Hélénon...
Hélénon ne retient pas du collage l’utilisation du papier comme objet graphique ou plastique. Il ne retient pas non plus l’idée de l’assemblage insolite, amusant, ou reconnaissable. S’il récupère des objets, et s’il les assemble, s’il en détourne, apparemment, l’usage, ça n’est pas pour qu’ils jouent un rôle différent.... Nous reviendrons là dessus...
Voici ce qu’Hélénon retient du collage initial : l’utilisation d’éléments préexistants au travail de l’artiste, qui ont déjà servi, qui se retrouvent dans un contexte différent de leur contexte d’origine, et qui disent que l’oeuvre d’art n’est pas une imitation du réel, qu’elle ne nait pas toute dans la tête de l’artiste, qu’elle est le résultat d’une fabrication qui n’engage pas l’artiste seul...
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