Accueil > Les rossignols du crocheteur > HÉLÉNON Serge > Serge Hélénon : seuils, portes et passages
RAPHAËL MONTICELLI
Communication faite le 21 Mars 2012, à l’auditorium de Villefranche sur mer (06) à l’occasion de l’exposition des oeuvres de Serge Hélénon
À ce moment de mon approche du travail d’Hélénon, je voudrais citer l’un de ses critiques, Dominique Berthet... Voici ce qu’il écrit :
« les oeuvres d’art ne sont pas toutes marquantes. Outre les goûts de chacun, certaines se manifestent comme plus frappantes que d’autres. Une oeuvre importante est, à mes yeux, une oeuvre qui frappe et qui questionne. Elle se distingue de celles dont le seul mérite est d’être décoratives. La première bouscule. Les autres sont plaisantes. L’une se risque, les autres répondent à l’attendu. Les oeuvres qui me retiennent sont celles qui provoquent ce questionnement, celles qui se démarquent du connu, du conforme et du convenu. Les oeuvres d’Hélénon, justement, stimulent ma réflexion et mon imaginaire. »
Est-il utile de préciser que je me sens en accord complet avec Dominique Berthet ?
Continuons notre exploration de la façon dont Hélénon s’intègre dans l’art de la récupération et de l’assemblage en le comparant à d’autres artistes...
Parmi les artistes du XXe siècle qui ont précédé Hélénon et qui ont développé l’art de la récupération, du fragment, du collage ou de l’assemblage, j’en retiendrai encore quelques uns :
Le premier, et le plus étonnant peut être, est Kurt Schwitters... Je retiendrai de son oeuvre immense le Merzbau... Cette construction qui a peu à peu envahi toute la maison de l’artiste. Schwitters assemble des objets et cet assemblage a quelque chose à voir avec le bâti, la demeure.
Ensuite j’aimerais aller du côté des artistes du pop art, comme Rauschenberg, du nouveau réalisme, comme Arman, de la peinture analytique et critique, comme Viallat, Charvolen et Miguel qui lui sont contemporains...
De Schwitters et Arman je retiendrai que, comme eux, Hélénon récupère et assemble, et, en assemblant, il dépasse la toile...
Les différences sont aisément repérables. La Merzbau envahit l’habitat et met en cause une architecture. Avec les déchets récupérés, Arman fait sculpture. Rien de tel chez Hélénon qui est peintre et se revendique tel... Rappelons-nous sa volonté de construire des « lieux de peinture »...
Cet intérêt pour la récupération, et la peinture, Hélénon le partage aussi avec Viallat qui lui est, disions-nous, contemporain. Le premier geste plastique de Viallat est de récupérer les tissus sur lesquels il va peindre. Son deuxième geste est de choisir et d’assembler ces tissus. Son troisième est de peindre sur le support ainsi constitué...
Parallèlement, Viallat récupère toutes sortes d’autres objets qu’il assemble dans des constructions particulières.
Comme Viallat, donc, Hélénon récupère du tissu... Parmi d’autres objets...
La correspondance entre Hélénon et les peintres de la peinture analytique et critique se note jusque dans sa volonté d’associer le tissu, la toile et le bois... Un clin d’oeil, dit-il comme certains d’entre eux, au rapport entre toile et châssis... qu’il combine autrement qu’en tendant l’un sur l’autre...
Je vous propose de nous arrêter un instant sur cette question...
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