Accueil > Les rossignols du crocheteur > HÉLÉNON Serge > Serge Hélénon : seuils, portes et passages
RAPHAËL MONTICELLI
Communication faite le 21 Mars 2012, à l’auditorium de Villefranche sur mer (06) à l’occasion de l’exposition des oeuvres de Serge Hélénon
Hélénon a terminé ses études à Nice, dans les années 50. On peut imaginer la distance artistique et idéologique entre la Martinique et Nice... Je cite Hélénon :
« Au sortir des arts décoratifs de Nice, il m’a fallu, petit à petit, me dépouiller de cet encombrant bagage académique, pour me retrouver, aller à l’essentiel »...
Et pour se retrouver, pour reconnaître sa propre identité, je cite encore Serge Hélénon
« Mon aventure initiatique, c’est à dire la révélation de mon état d’artiste en homme libre, commence donc à 26 ans, lors de mon premier contact avec le continent africain ».
L’Afrique, non comme un pays d’origine, mais, pour reprendre l’expression de Chamoiseau, « une éclaboussure », ou « les cendres désordonnées d’une ancienne désolation » pour citer Glissant...
Cette identité, Serge Hélénon la définit en artiste en fondant, à Abidjan, en 1970, l’école Négro-caraïbe avec Louis Laouchez.
J’ai dit que je ne m’étendrais pas... Mais encore un mot...
La deuxième exposition de l’école Négro-caraïbe a eu lieu en 1973 à... Villefranche sur mer justement... Serge Hélénon est un artiste du oassage, de la relation, de la liaison.
Pour conclure, je voudrais vous entraîner sur des territoires poétiques par une ou deux citations d’Édouard Glissant
Voici la première :
« Les oeuvres de Serge Hélénon, où la peinture se distingue si peu de la sculpture, ou plutôt du bâti et du projeté, n’évoquent jamais la mer. Pourtant, elles en sont le reflet agissant. C’est-à-dire que j’imagine que la mer s’est arrêtée devant cet ouvrage, elle a hésité à y engouffrer ses marées, et ses tsunamis, et ses outrages, elle y a au contraire suggéré ces portes dont nous aimons à consulter la nature singulière »
Cette thématique des portes et des seuils nous parle en effet, chez cet artiste-passeur, parce qu’elle est sans doute une des thématiques majeures de l’art, et parce que l’oeuvre d’Hélénon fonctionne bien ainsi : un lieu de passage par lequel nous pouvons observer tout l’art du siècle, revu par lui, et réinterprété. Ça nous renvoie bien aussi à d’autres portes, celles des peintres de la Renaissance, par exemple, ou encore, plus près de nous, aux oeuvres de Rothko... Il y aurait sans doute à questionner ces deux oeuvres, Hélénon et Rotkho, apparemment si différentes, de ce point de vue...
Édouard Glissant, pour sa part, ajoute :
« Les portes d’Hélénon relient l’hier à l’aujourd’hui, l’Afrique aux Afriques, la Caraïbe à tous ses antécédents avérés ou secrets, elles sont des totems, elles sont des stèles, et elles ouvrent aussi d’invisibles transparences dans leurs compositions tourmentées »
Si nous devions prolonger notre réflexion, je me questionnerais bien sur l’usage des mots dans le travail d’Hélénon, mot dans les tableaux, mots des titres... Ou encore sur ces deux belles phrases de Patrick Chamoiseau qui écrit à propos d’Hélénon :
« Ce frottement entre le sacré et le sans valeur (...) déclenche une émergence »
« ici (...) la forme est d’abord un improbable du sens à partir d’un déplacement du sens »
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.