Accueil > Les rossignols du crocheteur > ALOCCO, Marcel > 2000 - Alocco, sémaphore inspiré
RAPHAËL MONTICELLI
Ce texte est la préface du Cahier Alocco, monographie que les éditions de l’Amourier ont consacrée à l’artiste à l’occasion de son exposition à la médiathèque de Contes (06)
III Alocco, 64-74
Je voudrais maintenant questionner dans l’oeuvre de Marcel Alocco, la façon dont, en 10 ans, s’est mise en place l’activité du peintre, quelles formes a prises sa recherche, à quels objets elle a donné lieu, et considérer ces oeuvres comme autant de jalons ou de repères dans sa démarche.
Entre 1964 et 1974, Marcel Alocco transforme une activité d’écriture en activité de peinture. La chose s’est faite progressivement. On voit peu à peu les objets puis les images s’installer dans son travail comme éléments d’un véritable vocabulaire, comme protagonistes de « récits » et de « poèmes » avant de figurer dans des « tableaux » ou sur des « toiles ». On ne voit pas, en revanche, le phénomène inverse, et les mots ne sont pas pris pour leur valeur d’objets. On voit pourtant des poèmes se faire non seulement avec des mots mais présenter des suites de signes de ponctuation qui prennent une valeur particulière dans ces conditions. On voit des textes s’inscrire dans un espace inhabituel pour eux, celui de la boîte. On voit enfin des mots jouer avec des images non pour en limiter la signification mais pour l’élargir, et, du coup, pour élargir ou, au moins, troubler la leur.
Il faut noter que cette période de création extrêmement productive est contemporaine d’une période très riche de relations avec de nombreux artistes et écrivains. C’est alors le plein développement de mouvements aussi dynamiques que le nouveau réalisme, avec Arman, César, Raysse pour ne parler que de ceux que cotoie alors Alocco. Le groupe des Nouveaux Réalistes, on le sait, préconise d’abandonner les moyens traditionnels de la peinture pour aller à l’objet et présenter comme oeuvre le travail direct sur l’objet. Arrive alors aussi, des Etats Unis, le mouvement Fluxus, qui a une sorte de lointaine filiation avec le mouvement dadaïste européen né durant la première guerre mondiale. Fluxus met en cause les frontières entre les arts et les genres, développe l’idée d’un art qui serait davantage dans l’attitude que dans la production d’oeuvres et invente les notions de « happening », et de « event ». Il s’inscrit, profondément, dans les mouvement protestataires des années 50-70. Alocco y rencontre des personnalités comme George Brecht, Filliou ou Ben. Se développe enfin, en France notamment, à partir du tournant des années ’60, un mouvement artistique qui entend revenir à la peinture et à l’art (et non aller vers l’objet et l’attitude) pour traiter des problèmes spécifiques de la peinture et de l’art, en procédant à une approche « analytique » de la peinture, c’est-à-dire en travaillant non à partir des « émotions » et du « goût » du peintre ou de l’amateur, mais, discutant l’exemple d’Hantaï, à partir des éléments qui constituent la peinture, construisent le tableau. Alocco travaille là avec des artistes comme Buren, Parmentier, Mosset, et, pour parler de ceux qui se concentraient dans l’aire niçoise, avec Pagès, Dezeuze Viallat, Dolla, Charvolen, Chacallis, Miguel, Maccaferri. Peut-être aura-t-on reconnu dans les noms qui peuplent ce paragraphe la plupart de ceux que l’on place dans « l’Ecole de Nice » durant cette période.
Il faudra tenir compte de ce contexte pour apprécier la place qu’y occupe Alocco et son apport. On trouvera ailleurs dans ce cahier deux textes majeurs pour suivre l’évolution d’Alocco et sa place dans les avant-gardes des années 60-70 : « in-scription d’un itinéraire » et « la (dé-)tention »et « Lumière en devenir », une analyse critique de propositions de Marc Devade parues dans la revue Tel Quel. « La (dé-)tention » porte en sous-titre « pratique du corps pictural » et pose bien ce texte dans les réflexions de l’époque sur les problèmes de la peinture, tout comme « Lumière en devenir » permet de mesurer la rigueur avec laquelle Marcel Alocco s’introduit dans la réflexion artistique et l’importance qu’il accorde aux enjeux de l’art.
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