Accueil > Les rossignols du crocheteur > ALOCCO, Marcel > 2000 - Alocco, sémaphore inspiré
RAPHAËL MONTICELLI
Ce texte est la préface du Cahier Alocco, monographie que les éditions de l’Amourier ont consacrée à l’artiste à l’occasion de son exposition à la médiathèque de Contes (06)
Tout aussi importants pour suivre l’évolution d’Alocco et comprendre l’intérêt de son traitement des relations entre écrire et peindre, les trois séries des « poèmes objets », du « tiroir aux vieilleries » et des boîtes « Seule vraie peinture ».
La « seule vraie peinture », c’est celle que produit l’industrie et que l’on trouve chez le marchand, dans des pots hermétiquement clos ; cela laisse supposer que lorsqu’on étale cette peinture sur une toile et que l’on fait un tableau, la « peinture » n’est plus vraie ; que l’on nomme alors « peinture » un objet qui n’est pas plus « peinture » qu’il n’est « toile », chassis« , ou »semences de tapissier« . »La seule vraie peinture« est dans le pot, cette affirmation provocatrice présente au moins deux intérêts : d’abord parce qu’elle renvoie la »peinture« à ses moyens et qu’elle proclame que les moyens sont au moins aussi importants que les objets qu’ils permettent de produire ; ensuite parce qu’elle assigne un rôle très particulier aux mots... dans la peinture. On connaît ce légendaire tableau de Magritte qui, sur un tableau représentant une pipe écrit : »ceci n’est pas une pipe« ... Et en effet... puisque ce n’est, au mieux, que la représentation d’une pipe. C’est dans la même lignée qu’Alocco se demande non ce que n’est pas le tableau mais ce qu’est la peinture. Magritte travaille sur la relation entre réalité -absente- et représentation, Alocco sur réalité -présente- et sur l’art comme leurre. Le »mentir-faux« comme ne l’a pas dit Aragon. »La seule vraie peinture" rappelle aussi le projet de Klein qui rêvait de présenter, comme un sorte d’absolu, le pigment pur, en pure suspension, sans liant pour le retenir, sans support, sans vernis.
Lorsqu’il donne sa série de boîtes « seule vraie peinture » Marcel Alocco fait bien un geste qui tient du paradoxe sinon de la provocation ; il donne ainsi la trace d’une réflexion qui porte à la fois sur les relations entre les moyens et effets dans la peinture et sur objets/images et mots.
« Le tiroir aux vieilleries » s’inscrit aussi dans cette évolution. Cette série inscrit le rapport aux objets dans une histoire personnelle, puisque le motif était de mettre dans des boîtes, avec ou sans légende, toutes les vieilleries que l’artiste récupérait au fond de ses tiroirs, comme l’inventaire d’une intimité qui pourrait glisser vers la sociologie, l’enquête, la littérature et la poésie, ou l’art plastique. « Le tiroir aux vieilleries » offre quelques aspects troublants parce qu’il semble tout à la fois se développer dans les problématiques de l’époque et contre elles. Il y a bien l’objet, mais cet objet est personnel, loin des objets industriels d’un Arman ou d’un César, loin aussi de l’objet industriel « pot de peinture ». Plus proche en somme de la démarche d’un Boltanski. Il y a bien le texte, mais le texte donne des pistes de lecture, situe l’objet, ouvre des récits possibles, articule un « dit », un « fait », et une « chose ». Il y a bien la boîte, mais elle n’est ni chasse, ni simple contenant, la boîte fonctionne comme support transparent de lecture, page sur laquelle viennent des textes et des choses. Le « tiroir aux vieilleries » est un livre de poèmes dans lequel la poésie naît de la simple évocation des choses du passé de celui qui écrit, ces « vieilleries » un peu dérisoires qui portent toute la nostalgie de la mémoire. En même temps ce recueil poétique qui se sert de mots peut aussi s’en passer, et les objets qu’il présente poursuivent, on le voit bien, une sorte de recherche de poésie immédiate... Immédiate : sans l’intermédiaire des mots... Nous sommes encore dans cette recherche évoquée à propos de l’idéogrammaire.
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