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ALAIN FREIXE
il faut rompre les amarres
premières secousses
derniers récifs »
Michel Butor
Journal de bord, 4e salve, poème 10,
Collation, Poésie Seghers 2003
Avant de larguer les cordages et d’appareiller, quelques mots sur le quai.
Nous sommes le 15 juin 2026. Mail de Mireille dont je voudrais au seuil de cette intervention louer l’accueil toujours généreux et le sourire amical et complice, Mireille qui s’excusait de me « tarabuster » à propos d’un titre à donner au plus vite à mon intervention. : un titre, Alain, il me faudrait un titre…
Mail sur mail, je réponds : « Chanter au bord du gouffre ».
Deux raisons d’après coup à ces mots de MB saisis au vol dans cet interstice que venait d’ouvrir l’urgence. La première, le souvenir de la fin du texte « L’Action Poétique » que MB offrit à RP, directeur du « Centre JB et son temps » pour ouvrir le catalogue Rencontre - Trajectoire de l’exposition du même nom qui se tint entre le 19 octobre 2001 et le 12 janvier 2002 à La Maison des Mémoires - Maison Joë Bousquet à Carcassonne :
« En dépit des intégrismes économiques et militaires, rien n’est plus nécessaire que ce à quoi nous réussissons parfois : chanter au bord du gouffre »
La seconde tient à un redoublement de la première. Je venais de recevoir les réponses de Michel Butor à mon troisième entretien – nous étions en 2003 - que je venais d’avoir avec lui à l’occasion de la parution aux éditions de l’Amourier, maison située à Coaraze dans l’arrière-pays niçois, de ce Au rendez-vous des amis, soit 46 poèmes adressés à ses amis poètes, peintres, musiciens, photographes et même à Jonas, son chien et, cherchant un titre, je me servis des derniers mots de Michel Butor qui à ma question de savoir comment l’on pouvait résister à l’horreur, me répondit :
L’art, et l’amitié qui lui est consubstantielle, est d’abord une réponse à l’horreur. Depuis quelque soixante ans je garde présente à l’esprit cette phrase citée par Eluard dans son Donner à voir, déclaration d’un chasseur eskimo à Rasmussen : “Si vous saviez, ô étrangers, l’épouvante que nous éprouvons à certains moments, vous comprendriez pourquoi nous aimons les festins, le chant et la danse. ”
C’est ce rapport à l’épouvante devant l’état du monde qui m’amena jusqu’au gouffre et donc au retour de la phrase carcassonnaise. Ainsi avais-je mon titre… encore me fallait-il le mettre en danger… en essayant d’avancer par écarts, bifurcations, reprises, passages et chemins qui se croisent.
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