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ALAIN FREIXE
Passage 5 - Pour ne pas finir
Le gouffre dit que tout peut finir. Le poète-grillon répond que quelque chose peut chanter encore, que le désert peut bourgeonner comme l’affirme MB dans ce poème de 1995 Le bourgeonnement du désert écrit en réplique au travail de sculptrice Mona Saudi, artiste syrienne d’origine palestinienne, et donner vie ainsi à ce qui paraissait voué à la stérilité.
Il ne s’agit pas de fleurir l’horreur, ni de se lamenter sur ce qui a été ravagé, il s’agit de tâcher de mettre en lumière les possibles.
Chanter « dans le sanglant d’aujourd’hui », c’est chercher au plus près de ce qui fait blessure ces choses encore, ces riens qui peuvent, sur les bords de la plaie, encore bourgeonner, riches d’une lumière capable d’éclairer nos demains tout en laissant entrer « les nuages du futur ».
Le chant n’efface pas la peur, il empêche la peur d’avoir le dernier mot. La poésie de MB nous apprend comment demeurer dans ce monde toujours aussi insupportable sans consentir à ce qui le défigure.
Là où les puissances du monde produisent séparation et terreur, il est de notre responsabilité de produire du lien. L’art et l’amitié sont bien consubstantiels.
« Dans l’horreur (…) Dans l’épouvante (…) Dans le sanglant d’aujourd’hui / il y a le chant de la sculpture / qui nous promet la délivrance / il y a le rayonnement de la gravure / qui nous annonce qu’après la guerre nous débarquerons / dans la paix / des pierres » (in MB par MB, Tournant, I) Le bourgeonnement du désert), il y a tous les arts, et même au-delà pour nous secourir alors « chacun, comme dans l’orchestre doit être à l’écoute, écrit MB dans « L’Action poétique », non seulement du chef, mais de tous ses collègues – dans la musique de chambre le chef d’ailleurs est mis entre parenthèses -, c’est dans le dialogue des arts au sens le plus large, que nous pourrons le mieux résister à l’horreur »
*
J’aimerais terminer en laissant la parole au poète. Il s’agit de la 4e de couv de Géographie parallèle paru en 1998 aux éditions l’Amourier dans leur collection Carnets :
« La carte qu’on m’a montrée
au palais de l’Empereur
celles que j’ai étudiées
dans les galeries du Pape
Nominatioins dédoublées
S’entrecroisent dans ma tête
Iles et détroits possibles
Tourbillons d’incertitudes
.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. ..
Balloté par de grandes vagues
malmené sur les courants
de l’océan mal nommé
je cherche le grand passage
d’un paradis entrevu
à des enfers constatés
écoutant toutes rumeurs
chantant veille et lendemain »
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