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RAPHAËL MONTICELLI
En 2012, la médiathèque de Contes (dans le moyen pays niçois) organisait une exposition des livres de Martin Miguel. Œuvres croisées, œuvres communes, illustrations... Le texte ci-dessous se proposait de faire le point sur le travail de Miguel dans le domaine du livre.
PEINTURE ET ÉCRITURE : LE TEMPS DES EXPÉRIMENTATIONS
Lorsque nous décidons, en 1975, de travailler ensemble, l’objectif n’est pas d’illustrer mes textes, ni de réaliser de beaux livres, ni de viser l’édition, mais de voir comment des travaux de disciplines différentes employant des moyens différents peuvent interagir et cohabiter dans un même espace. La question suivante est de savoir si le travail de l’un affectera le travail de l’autre, et, si oui, dans quelle mesure. Il faut ajouter que, parmi nos références les plus proches de la relation entre écriture et peinture, on trouve alors les peintres du collage de texte, depuis Picasso, des déchireurs d’affiches, comme Villeglé, l’oeuvre de Raushenberg, le mouvement Fluxus, les démarches d’Alocco et de Ben, celles du groupe Textruction, singulièrement Duchêne et Mazeaufroid, le petit livre de Butor, paru en 1969, « les écritures dans la peinture », et, évidemment, les livres illustrés de la génération précédente comme « Jazz » de Matisse ou le « Oiseaux » de Saint John Perse illustré par Braque.
Notre collaboration s’est poursuivie jusqu’à ce jour, en variant les modalités des relations entre travail d’écriture et travail plastique (texte à coté de l’oeuvre plastique, ou manuscrit directement dans l’oeuvre, variation du texte en fonction des variations plastiques, élaboration de « livres » en bois et béton, plexi et béton, papier et peinture...) et en alternant livres de bibliophilie et oeuvres communes.
Deux exemples suffiront à préciser ce type de collaboration : essuyage de 1978 et Silence de météore 2, de 2011.
Essuyage : pour Miguel, une branche brute, pas même écorcée, est enduite de couleur et essuyée avec un coupon de tissu noir.
Pour moi, le texte devait fonctionner comme une citation des marques d’amour, banales et dérisoires, que l’on trouve communément gravées sur les arbres.
Ce travail a été réalisé en refusant le recours au papier, le format livre et l’illustration. L’espace plastique (le tableau ou ce qui en tient lieu) n’est pas l’espace constitué dans lequel vient s’inscrire un texte. Le texte a été gravé sur la branche avant l’intervention de l’artiste et dans la perspective de son intervention et assume le statut de texte trouvé. L’artiste transforme les éléments donnés comme bruts (la branche et sa gravure, le tissu, les couleurs) en objet plastique participant de sa propre démarche.
Silence de météore 2 fait suite à un livre de bibliophilie [2]. Le texte, retravaillé, a été manuscrit sur les feuilles de vinyle sur lesquelles ont été réalisées les pièces en béton. Le texte, « sucé par le ciment » fait corps avec l’œuvre plastique.
[2] Silence de météore, texte de R. Monticelli imprimé sur papier, 2 bétons de Martin Miguel, La Diane française ed. 50 exemplaires, 2011
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