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RAPHAËL MONTICELLI
Les commémorations du centenaire de Michel Butor me conduisent à explorer mes archives. En 2007, Charles Dobzynski me proposait de composer un numéro spécial de la revue Europe à propos de Michel Butor. En voici la préface.
Posées sur mes genoux, les 1200 pages du premier volume des œuvres complètes de Michel Butor… Romans, signale le titre. Mireille Calle-Gruber, qui dirige l’édition, prévoit 10 autres Livres… et elle précise : pour l’instant…
Le « catalogue de l’Ecart » où Michel Butor répertorie tous ses titres, a dû largement dépasser les 1500 : aux ouvrages publiés chez les éditeurs traditionnels (grands ou petits, ils sont près de 400…), il faut ajouter les centaines de livres d’artiste qu’il réalise avec ses amis peintres, parfois avec des moyens de fortune.
Impressionnante par sa masse, l’œuvre peut être déroutante par la diversité de ses contenus et de ses formes, comme par sa mise en cause systématique de tous les genres qu’elle aborde. Et lorsque, dans son expression poétique actuelle, l’écrivain reprend communément le très populaire octosyllabe… il déroute encore.
Œuvre écrasante apparemment. Impossible à appréhender dans sa totalité. Qui convoque toutes les littératures, les arts, les sciences, les techniques, dans un encyclopédisme contemporain. Une œuvre-Continent. Planétaire, ajoute quelqu’un. Une galaxie, surenchérit un autre.
Une telle œuvre a de quoi décourager les approches critiques… Henri Desoubeaux [1] recense pourtant près d’un millier d’auteurs d’articles ou d’ouvrages à son sujet… Car les pistes, angles d’attaques, problématiques et thèmes ne manquent pas. Ce serait même une raison supplémentaire de découragement pour qui voudrait ajouter un article de plus…
Pourtant, il suffit de se plonger dans la toute simple lecture pour être « pris » : ça parle. Ça vous parle. Ça vous happe, vous avale, vous pénètre, vous remplit… Et encore : pour qui n’aurait jamais lu une seule ligne de l’œuvre, entendre Michel Butor dire l’un de ses textes, l’écouter en conférence est une expérience lumineuse, parfois bouleversante : le charme, sans conteste, agit, la force du carmen.
Il suffit pourtant d’entendre cette voix, d’accepter son surgissement, de laisser se déployer son identité, son altérité, pour la comprendre, simplement, quand bien même échapperait au lecteur novice ou à l’auditeur vierge la composition, la construction, les procédures, et la riche intertextualité
[1] Voir par ailleurs l’article « Chanson de toile »
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