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RAPHAËL MONTICELLI
Les commémorations du centenaire de Michel Butor me conduisent à explorer mes archives. En 2007, Charles Dobzynski me proposait de composer un numéro spécial de la revue Europe à propos de Michel Butor. En voici la préface.
Complexe, sans aucun doute, dans sa structure ; ambitieuse dans ses visées… pourtant… il suffit de saisir un nombre limité de principes d’organisation pour se faire une idée assez approchante de l’ensemble , et se repérer dans le travail de l’écrivain. Je retiendrai, par exemple, le plus évident des principes de Michel Butor : la série, qui saute aux yeux à la lecture de la moindre de ses bibliographie, ajoutons-y le principe d’expansion et engageons nous dans les régions butoriennes…
L’œuvre de Michel Butor obéit, dans ses grandes lignes, à deux logiques : celle de la série, dont les nombres des éléments et des règles de combinaison sont limités, et celle de l’expansion en réseau, en rhizome, qui d’année en année, d’œuvre en œuvre, de voyage en voyage, de genre en genre, n’a cessé de s’étendre depuis soixante ans.
Les séries majeures sont aisément repérables dans toute bibliographie, même sommaire. Chacune couvre une région particulière de la littérature et de l’art, et chacune comporte un nombre limité d’ouvrages : le roman (4 titres), le récit de voyage (les 5 titres du génie du lieu), , la monographie (les improvisations, consacrées à 5 auteurs différents, dont Butor lui-même, et réparties en 7 volumes), l’approche critique et l’essai (les 5 répertoires et les 5 illustrations)…
D’autres séries complètent cet ensemble : les 5 volumes des matières de rêves, les Envois, les Avant-goût…
A l’intérieur de chaque série les textes se présentent comme autant d’éléments constitutifs soumis à un ensemble de règles de composition. Et au niveau microscopique de la syntaxe et du lexique, c’est encore la même logique de la construction sérielle qui est à l’œuvre.
Le principe de l’expansion s’articule à celui de la série : dans une même série, d’un ouvrage à l’autre, les référents, les thématiques et les constructions s’élargissent, pendant que certains textes, a fortiori certains thèmes, sont repris d’une série à l’autre, produisant cette construction d’un réseau en expansion continue. On imagine ce qu’eût été cette œuvre, si le jeune Butor avait eu à sa disposition les outils d’écriture multimedia, lui qui, dès ses premiers ouvrages, permet une lecture en hypertextualité.
Dès l’époque des romans, l’expansion suit une progression que l’on pourrait dire « programmatique ». Ce principe affecte de façon particulière d’abord l’espace et le temps : un immeuble dans l’emploi du temps, une ville dans le passage de Milan, un compartiment en mouvement et un temps limité qui permettent d’articuler l’espace de deux villes et toute la duré d’une vie dans la modification, enfin le lieu clos d’une école durant une journée, qui permet de brasser toutes les connaissances historiques et géographiques dans Degrés. On voit que la logique d’ouvrages comme Réseau Aérien et Mobile semble naître tout naturellement d’une recherche littéraire qui vise à donner dans l’espace du livre une vision toujours plus large et juste de la relation entre un espace et un temps qui jouent sans cesse de resserrrements et d’élargissements.
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