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RAPHAËL MONTICELLI
Les commémorations du centenaire de Michel Butor me conduisent à explorer mes archives. En 2007, Charles Dobzynski me proposait de composer un numéro spécial de la revue Europe à propos de Michel Butor. En voici la préface.
Transit [7] et Gyroscope [8], se présentent tous deux avec une entrée dans le texte par le recto et par le verso, Gyroscope adoptant dans un format à l’italienne. Dans Transit, sept textes s’articulent pour mettre en résonance voyages sur tous les continents et voyages à travers les livres et les œuvres, la circulation des textes à travers le livre met en écho des espaces et des temps différents : l’Egypte ancienne, Genève et Paris Mexico, Le Caire et Tokyo… Dans Gyroscope 7 programmes « planétaires » sont accompagné d’un huitième, Ciel qui est une invite à Franchir l’espace.
« Nous quittons le sol
Nous quittons les nuages
Nous quittons la Terre pour la Lune
(…)
En poursuivant l’observation dans le détail, on voit vite que chaque texte constitutif de chacun des volumes est lui même construit sur les même principes de la série et du réseau en expansion, par exemple, dans Transit, le texte Pique-nique au pied des Pyramides est lui même composé de 8 références entrelacées, où l’on retrouve, à côté des souvenirs bibliques, l’écho de l’Egypte du premier Génie du Lieu et de l’un des plus anciens poèmes de Michel Butor, écrit en 1950, 44 ans plus tôt…
Car il faut ajouter que le réseau que constituent les textes et les références à l’intérieur de chaque ouvrage, se double de celui qui se tissent entre les publications : séries, éditions courantes, éditions rares, livres d’artistes et textes sur l’art qui ont largement contribué à constituer la matière première de la plupart des ouvrages de Michel Butor . Publié dans Gyroscope, le texte Franchir l’espace, figurait déjà dans Au jour le jour [9] ; avant de prendre place dans Gyroscope, Encore à Angkor, a été publié dans 2 autres ouvrages ; quant à Pique Nique au pied des Pyramides, on le retrouve, sous diverses formes, dans une dizaine de publications et versions, dont 4 manuscrites dans les œuvres d’Henri Maccheroni.
FY Jeannet [10] évoque « structures matricielles » qui ont permis à Michel Butor (…) d’organiser des recueils « en cinq ou six parties, qui peuvent à leur tour être subdivisées en cinq ou en six, ou leurs multiples, qui jouent avec d’autres, et ainsi de suite. L’excitation provoquée par une telle lecture tient autant au texte lui-même, qui articule tous les registres de la séduction, qu’à l’ordonnancement de ses parties ». Plus loin, il ajoute que ces « matrices d’écriture » sont « l’une des inventions capitales de cette poésie » et que leur utilisation rend les textes « potentiellement infini(s) »
[7] Le Génie du lieu 4, éditions Gallimard, 1992
[8] Le Génie du lieu, 5 et dernier, éditions Gallimard, 1996
[9] Carnets 1985, éditions Plon, 1989
[10] Préface de Anthologie Nomade, Gallimard, coll. Poésie, 2004
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