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RAPHAËL MONTICELLI
Les commémorations du centenaire de Michel Butor me conduisent à explorer mes archives. En 2007, Charles Dobzynski me proposait de composer un numéro spécial de la revue Europe à propos de Michel Butor. En voici la préface.
C’est peut-être dans les cinq Génie du Lieu que le principe de l’expansion est le plus clairement visible et se donne en même temps une forme littéraire et plastique adaptée. Le premier volume, paru en 1958 [2] s’engage dans la classique région littéraire du récit de voyage vers la méditerranée et l’Orient, avec un ancrage particulier en Egypte qui –des points de vue géographique, historique et littéraire- colorera toute l’œuvre ultérieure. Michel Butor écrit : « L’Egypte a été pour moi comme une seconde patrie, et c’est presque une seconde naissance qui a eu lieu pour moi dans ce ventre allongé suçant par sa bouche delta la Méditerranée et ses passages de civilisation, thésaurisant celles ci et les amalgamant dans sa lente fermentation ».
Les textes du 2e volume de la série, Où, [3] élargit le territoire géographique. Le texte de présentation précise : « Dans le premier volume du Génie du lieu, ses déplacements se bornaient à l’aire méditerranéenne ; dans celui-ci, plus amples, ils ne dépassent pourtant pas encore l’hémisphère nord ». Où articule 9 séries de textes, dont 5 sont consacrées aux Etats-Unis, 2 à Angkor, 2 à Paris.
En même temps que le territoire s’est élargi, la forme littéraire a changé, Michel Butor développant cette sorte d’écriture en réseau qu’il met en place depuis Mobile [4] et Réseau aérien [5].
Boomerang [6], installe les deux hémisphères dans l’espace d’un livre… « Voici le troisième qui déborde sur l’hémisphère sud, se déploie sur un tiers monde, ruisselle autour de la planète comme ces grands courants de migrations que supputent les archéologues sur les océans et les continents.
Tendez vos voiles à ces vents.
Au détour d’un adjectif, vous vous faufilerez d’un siècle à l’autre ; d’une page à l’autre vous changerez de race et d’yeux.
Pays rouges, bleus ou noirs. Blancheurs, irisations, transparences. Frissons et suées.
Australie avec Courrier des Antipodes, Colombie britannique avec La Fête en mon absence, U.S.A. avec Bicentenaire Kit, Singapour et tant d’autres îles avec Archipel Shopping, Brésil et Nice avec Carnaval transatlantique, opéra fabuleux avec Nouvelle Indes Galantes, séjours animaux avec Jungle,
par déserts et palaces, forêts et détroits, gratte-ciel et aéroports, marchés et taudis, quais et carrefours, jardins et temples, steppes et savanes,
Vénus renaissant perpétuellement de la mer des histoires,
bons voyages !"
Chacun des sept textes qui constituent Boomerang se développe sur 8 secteurs du livre et change de couleur selon le secteur où il se trouve ; chaque page est partagée horizontalement en deux partie et le long de la médiane horizontale, que l’auteur désigne comme « l’équateur », courent les noms des constellations boréales.
[2] Bernard Grasset, 1958 (rééd. en 1984 et 1994)
[3] éditions Gallimard, 1971. Détail à noter : l’accent porté sur « Où » est barré dans le titre. Lieu/alternative
[4] Etude pour une représentation des Etats-Unis, éditions Gallimard, 1962 (rééd. en 1979)
[5] Texte radiophonique, éditions Gallimard, 1962
[6] éditions Gallimard, 1978
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