Accueil > Les rossignols du crocheteur > ALOCCO, Marcel > 2000 - Imparfait dans le texte
RAPHAËL MONTICELLI
Dans le Cahier Alocco publié par les éditions de l’Amourier, cet entretien fait suite à la présentation générale Alocco, sémaphore inspiré.
RM : Revenons à 1964. Tu as donc quitté la faculté depuis... et tu te retrouves à Nice. Comment t’apparaît alors la situation culturelle et artistique ?
MA : ...Après 18 mois d’Infanterie de Marine, une vraie coupure, même si j’ai plus ou moins continué à diriger ma revue, avec Jean-Pierre Charles, par correspondances. Pour les arts plastiques, comme l’écrivait Arman dans Identités, c’était pan-bagnat... Sans Fluxus et les niçois du Nouveau-Réalisme, et les revues de Ben et les miennes nous aurions été dans le pire provincialisme... Le Club des Jeunes, que j’ai connu quand j’étais étudiant et peu fréquenté, n’était déjà plus ce qu’en dit Henri Maccheroni. Il était pour nous tenu par des « vieux »... J’y suis allé à l’occasion d’interventions exceptionnelles, celles de Ben, de Marc Agi qui avait aidé à sortir ma première revue, Caprice, et y avait collaboré, d’Arman... J’ai souvenir d’un certain Moricette, un américain qui parlait de son doctorat en Sorbonne sur le Nouveau-Roman, le théorique, plus Robbe-Grillet que Butor ou Simon. Les rencontres et les débats se faisaient surtout autour des groupes de théâtre, avec André Riquier, Guillaume Morana, Jean-Claude Bussi... Et Ben, Théâtre Total !
RM : Durant cette période, je vois deux grands espaces de réflexion sur l’art : d’une part Fluxus que tu as déjà évoqué, d’autre par les tendances de la peinture analytique et critique. Comment es-tu entré en contact avec le mouvement Fluxus ? Est-ce Fluxus qui t’a engagé à te poser le problème de la relation entre les pratiques artistiques ? Quel a été, pour toi, l’apport de ce mouvement ?
MA : Fluxus, je l’ai rencontré sans le savoir, progressivement, par petits morceaux, au fil des rencontres par l’intermédiaire de Ben. Il y avait aussi que j’étais, en études livresques, plongé dans Dada et les suites. Nous n’étions pas trop incultes, donc prêts à recevoir de nouvelles attitudes. Dada refusait plutôt les esthétiques, Fluxus serait pan-esthétique. « Faites de la musique avec ce que vous avez dans les poches », dit un jour John Cage à ses étudiants. Si je l’entends symboliquement, je fais avec tout ce que j’ai empoché dans la boîte crânienne. George Brecht ne s’expliquait guère, et encore moins Robert Filliou qui aimait à répondre par paraboles, histoires étranges, voire gags ou plaisanteries à côté de la question... Un peu zen, mais avec l’humour un peu aigre qu’il pratiquait. Je crois, et c’est peut-être ce que tous deux entendaient, qu’il y a de la réponse, mais pas une bonne réponse. J’ai traduit de l’anglais pour un catalogue, au moment de la revue Open, en 1966/67, une préface de catalogue chez Arturo Schwarz à Milan pour une exposition de George qui s’intitulait Chapitre... 3 ou 5 ?... Je ne sais plus le chiffre. Oeuvres conçues comme pages. Je me suis senti en accord. J’étais dans l’Idéogrammaire, viendraient les draps de lit dont George m’avait parlé pour une de ses expériences dans son interview, mes « Poèmes Plastiques », et j’avais le sentiment d’être texte dans un textile continu... J’y suis resté, pris dans la toile, le réseau des fils ou des lignes.
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