Accueil > Les rossignols du crocheteur > ALOCCO, Marcel > 2000 - Imparfait dans le texte
RAPHAËL MONTICELLI
Dans le Cahier Alocco publié par les éditions de l’Amourier, cet entretien fait suite à la présentation générale Alocco, sémaphore inspiré.
MA : Le rapport écriture-peinture est sous-jacent à l’ensemble de la démarche, jusqu’à ces cinq dernières années inclues avec le tissage des cheveux. Mais le livre n’est qu’une forme de la rencontre. Je traverse des espaces qui peuvent être dits « Livres ». Ainsi se métamorphose la lecture dans la vieille tradition des livres d’heures, des illustrations des chemins de croix, des rouleaux peints japonais comme le « Murasaki Shikibu niki ékotoba » ou l’« Ippen hijiri-e » (J’ai évidemment lu attentivement la thèse de doctorat de Madame Elsa Saint-Marc !). Il ne s’agit pas, dans le livre d’artiste, d’illustrer du texte comme Delaunay-Cendrars, mais d’être à la fois le dire et son apparence. Ainsi mes livres faits d’enveloppes reçues par la poste, reliées, mais vidées du texte de leur courrier, tous exemplaires uniques, qui mettent en avant la globalité, un dire plastique.
La spécificité-mixte du livre d’artiste, texte-image, n’existe pas, ou c’est une invention promotionnelle ou marchande.
Le poème renseigne d’abord sur la poésie. Le texte poétique à propos d’art plastique, de mon travail pour Butor, Lascault, et Monticelli par endroits du texte critique ou autre, est appropriation de l’espace plastique pour le regardeur. Il y a des années que je répète et que j’écris que l’art n’est que pour « faire parler les curieux » et que, dans l’histoire, l’art est toujours, à provoquer ou prendre note, là où ça parle : la grotte, le couvent, l’église, le châteaux, le Palais, puis les musées, ensuite les Centres lieux d’art... lieux-livres ?... et aujourd’hui un peu partout peut-être, ce qui pourrait être, pour la plus volumineuse partie, nulle part.
J’apprends toujours des autres, rarement ce qu’ils pensent m’enseigner. Je découvre plutôt où ils posent sur moi un regard aveugle, qui m’oblige à représenter, « présenter à nouveau ». Pour les écrits, à la première lecture je ne vois que leur poésie, comme si je n’étais pas le sujet et l’objet en cause, mais seulement le lecteur, le lecteur auquel Pétrarque parle de Laure. Et puis je prends conscience que c’est moi, l’espace en question, l’espace dit qui est entre, entre Pétrarque et Laure... L’oeuvre croisée est souvent une facilité anecdotique. Je disais aux élèves du collège Port Lympia où j’intervenais quand je déchirais ou détissais les manuscrits sur tissus de Michel Butor, procédait ainsi à l’appropriation de ces objets. Ils sont devenus mes tableaux ou mes livres, même si le texte reste du Butor. Le livre d’artiste ne m’intéresse que s’il est nécessaire à sa propre existence dans une démarche plastique, pas s’il est substitut à l’absence d’éditeur. Lorsque Michel Butor manuscrit pour moi, il sait qu’en écrivant sur un tissu que je lui envoie il écrit sur le « déchi/rage » et sur le « détis/sage », dans un espace de colère et de calme déjà virtuellement morcelé et déjà couturé.
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