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MICHEL BUTOR
Courir les routes
Ce texte est paru en 2005 dans Le Bonheur de la littérature aux Presses Universitaires de France en hommage à Béatrice Didier. Il est repris dans le tome X des œuvres complètes.
Béatrice Didier est professeur émérite de littérature à l’école normale supérieure, spécialiste de littérature française des XVIIIe et XIXe siècles.
Elle fut l’interlocutrice de Michel Butor dans « Le retour du Boomerang » (1988 PUF).
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Ci-dessous, la première partie de ce texte
3) La toile des fées
Le fées fournissent à leurs protégés des objets de voyage hyperboliques : tentes immenses qui tiennent à l’intérieur d’un dé à coudre, puis se déploient. Je choisis cet exemple dans La Chatte blanche de Madame d’Aulnoy : Il s’agit encore d’un roi qui a trois fils et leur demande de lui trouver d’abord le plus beau chien du monde, puis une pièce de toile “si fine qu’elle puisse passer par le trou d’une aiguille à faire le point de Venise”. Les deux aînés n’y parviennet pas, mais le dernier a l’aide de la chatte blanche apporte une boîte couverte de rubis dans laquelle on trouve une noix qu’il casse.
“Il croyait y trouver la pièce de toile tant vantée ; mais il y avait au lieu une noisette. Il la cassa encore et demeura surpris de voir un noyau de cerise. Chacuin se regardait ; le roi riait tout doucement et se moquait que son fils eût été assez crédule pour croire apporter dans une noix une pièce de toile...Il cassa donc le noyau de crise qui était rempli de son amande... Il ouvre l’amande et trouve un grain de blé, puis dans le grain de blé un grain de millet... cependant il ouvrit le grain de millet, et l’étonnement de tout le monde ne fut pas petit quand il en tira une pièce de toile de quatre cents aunes, si merveilleuse que tous les oiseaux, les animaux et les possons y étaient peints avec les arbres, les fruits et les plantes de la terre, les rochers, les raretés et les coquillages de la mer, le soleil, la lune les étoiles, les astres et les planètes des cieux. Il y avait encore le portrait des rois et autres souverains qui règnaient pour lors dans le monde ; celui de leurs femmes, de leurs maîtresses, de leurs enfants et de tous leurs sujets, sans que le plus petit polisson y fût oublié. Chacun, dans son état, faisait le personnage qui lui convenait et était vêtu à la mode de son pays.”
C’est une tapisserie encyclopédique miniature. C’est un peu la “toile” que nos ordinateurs essaient de faire passer par le chas de leur ligne téléphonique et de leurs puces.
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